Affichage des articles dont le libellé est mine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mine. Afficher tous les articles

lundi 1 décembre 2014

LE VITRAIL MINIER


Artistes et maîtres verriers au charbon !

La lumière que tamisent les vitraux consacrés  à la mine agit
comme une machine à remonter le temps.
Serties dans les lamelles de plomb, les mosaïques de verre coloré
exaltent la valeur du travail aux grandes heures du paternalisme,
perpétuent le souvenir douloureux des catastrophes, habillent
le souvenir de métiers disparus.


Détail d'un des dix-neuf vitraux du Centre minier de Faymoreau (Vendée) © Carmelo Zagari / CMF



Décorations lumineuses et transparentes suspendues dans l’espace, ces verrières apparaissent comme une promesse d’éternité. Mal répartie. Car leur inégale distribution sur le territoire national est flagrante. Difficile, en effet,  de les recenser dans le périmètre des vieilles mines familiales du Centre et du Midi, celles qui ont fondé l’Ecole des mineurs à Saint-Etienne et ont fait du bassin stéphanois le doyen des bassins houillers français.

L’art du vitrail d’inspiration minière est très répandu, au contraire, dans Nord-Pas-de-Calais. Faut-il y voir l’influence du patronat des grandes mines bourgeoises, qui ont fait florès comme la Compagnie d'Anzin créée à en 1757, par le vicomte Désandrouin,  si souvent citée pour avoir lancé l'exploitation de la houille dans le nord de la France ? Elle a été l'une des premières grandes sociétés industrielles françaises, un symbole social et politique du capitalisme français du XIXe siècle.

C’est dans ce bassin minier que les maîtres-verriers sont allés au charbon le plus efficacement. Là, le vitrail est l’image du pouvoir sous toutes ses formes : patronal, politique, religieux.

Quand le vitrail habille les ouvertures des églises et des chapelles construites sous l’impulsion des barons de l’industrie, l’intention est claire. Ne dit-on pas que le patron ou le maître de forges se tenait au premier rang, se retournant pour s’assurer que les familles ouvrières étaient au complet pour entendre le sermon ?

Une certaine logique est à l’œuvre. Les verrières, déjà au Moyen Age,  n’étaient-elles pas «une bible en images» aux yeux des fidèles, dont la plupart ne savaient pas lire ? Le paternalisme - cette  conception patriarcale et faussement paternelle de l’exercice de l’autorité vis-à-vis de la classe ouvrière - semble y avoir trouvé une source d’inspiration. Singuliers jeux de lumière entre les figures allégoriques de la mine et le ciel flamboyant des révoltes ouvrières.



Quand l’artiste se plaît, dès le début du XXe siècle, à insuffler la vie des "gueules noires" dans les vitraux des églises, des grands-bureaux, des écoles, des hôpitaux, on peut s’autoriser à parler d’une religion du travail.

Et voilà que les maîtres verriers  décorent  aussi  les hôtels de ville. Comme celui de Bruay-la-Buissière, construction de style renaissance flamande, dont les vitraux ont été réalisés en 1929 par Alfred Labille.
C’est l’époque où la France va connaître la Grande Dépression qui va du krach de 1929 aux États-Unis jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la plus importante crise économique avec une explosion du chômage.



Le visiteur se laisse envoûter par le tableau prégnant de l’abattage du charbon au pic en taille haute, par l’évocation du rôle dévolu aux femmes dans la chaîne du travail.
Hommage aux «herscheuses»,
aux cribleuses, aux galibots aussi.
Scènes d’avant le Front populaire. 

Nul n’empêchera le même visiteur de se remémorer  l’atmosphère de Germinal  et le regard que le roman social d'Émile Zola porte sur le capitalisme au XIXe siècle.


Trois vitraux de l'hôtel de ville de
Bruay-la-Buissière (62) © André Demarles


En Lorraine, les vitraux appartenant au même registre sont nettement plus rares. Dès le début de l’épopée du charbon, «l’orgueil de la Lorraine fut de fonder le plus savant, le mieux outillé et le plus productif des bassins houillers de France» écrivait en 1932, Pierre Hamp, dans la vaste enquête intitulée «La France travaille».

Si cet auteur parle de «mines familiales» pour la Loire, de «mines bourgeoises» pour le Nord et le Pas-de-Calais,  le qualificatif de «mines technologiques» n’apparaît pas sous sa plume, mais il peut s'appliquer aux houillères de Lorraine, dans le plus jeune des bassins français qui verra le dernier ses molettes s’arrêter en 2004.


En l'église Sainte-Croix, à Creutzwald (Moselle),
un mineur signé Théodore Gérard Hanssen
 © Pierre Reinert, président de la société d'histoire locale


A L'Hôpital (Moselle) : " Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front"
© Serge Kottmann


La rareté des vitraux d’inspiration minière dans le bassin houiller mosellan, à l'exception des œuvres représentant sainte Barbe, mérite d’être relevée et il faudrait une analyse approfondie pour en connaître les raisons. À Creutzwald, toutefois, l'église Sainte-Croix, dispose d'un diptyque remarquable de Théodore Gérard Hanssen réalisé en 1949. Il a été installé par les établissements Thomas, maître-verrier à Valence. À Rosselange, un vitrail est dédié aux mineurs de fer, un autre aux mines de charbon, en l'église Saint-Nicolas, à L'Hôpital. Dans cette même localité, à Bois-Richard, d'aucuns voient dans un vitrail réalisé par Jean-Marie Walaster en 1987, un clin d’œil aux hommes du fond.

Vitrail de Jean-Marie Walaster, L'Hôpital (57)



Les idées ont évolué. La mine a continué, cependant,  à forger les comportements sociaux, le paternalisme cédant le pas à des modèles fédérateurs comme le sport et la culture. À Saint-Etienne, Lens, Valenciennes, Merlebach et Piennes,  le ballon de football est parti dans la verrière. Manière de dire que la démocratie a envahi le terrain, apportant des satisfactions individuelles, donnant collectivement de nouveaux ressorts à la société.  Dans un tel contexte, on imagine mal un financement de vitraux d’église sur le budget de l’Etat laïque et républicain, par les houillères nationalisées soumises à un plan de récession annoncé dès 1960.


L’après-charbon, pourtant,  ne sera pas fatal au travail des vitraillistes sur le thème de la mine. Ainsi, une artiste pluridisciplinaire du Nord, Judith Debruyn, vient de créer une magnifique succession de vitraux pour l’église Saint-Amé, de Liévin (Pas-de-Calais). Ceux du chœur illustrent la catastrophe minière de 1974. On peut lire sur les vitraux de l’intérieur comme de l’extérieur, les prénoms des 42 mineurs ayant péri lors du drame.


Vitraux de Judith Debruyn, église St Amé, Liévin (62) © Tous droits réservés


© Carmelo Zagari /
 Centre minier de Faymoreau
Dans d’autres régions plus inattendues, comme la Basse-Normandie ou la Vendée, l’art du vitrail minier a également surgi.  Ce qui n’étonne guère les connaisseurs de la France charbonnière car ils savent que le  Calvados, sous l’Ancien régime déjà, remontait  la houille. À l’emplacement de la Fosse Frandemiche, exploitée de 1759 à 1864, le musée de la mine de charbon de Littry est l’un des plus anciens musées français d’histoire des techniques. Inauguré en 1907, il est également le premier consacré à une mine. 

En Vendée, le charbon a été exploité de 1827 à 1958. Lieu de mémoire et de rayonnement de la culture technique et industrielle, le Centre minier de Faymoreau peut s’enorgueillir d’une création réalisée par l'artiste Carmelo Zagari, un fils de mineur de Saint-Etienne. Œuvre puissante et originale, qui a fait l’objet d’une commande publique du ministère de la Culture. Elle a une dimension nationale et subjugue les  visiteurs de la chapelle construite en son temps par la "Société des Mines"  au cœur du village. Elle est  ornée depuis 2001, d'un ensemble de dix-neuf vitraux qui mêlent  figures, couleurs et spiritualité.
 

À Liévin comme à Faymoreau, le chef-d’œuvre du nouveau millénaire est un antidote à l’oubli, un pur hommage aux mineurs de fond. Sans arrière-pensée.



Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur








Publié le 14 mai 2012 - mis à jour le 8 janvier 2014
______


- Toute information de nature à compléter ce rapide survol est bienvenue. Contact : sylvain.post@orange.fr 
- En savoir plus sur les vitraux de l'église Saint-Amé, à Liévin (Pas-de-Calais)
- En savoir plus sur le vitrail au XXe siècle


 

Belgique : à Charleroi aussi...

Vitrail de la faculté polytechnique de Mons, d'après les dessins d'Anto Carte (photo dr).

Sarre : les vitraux de la Caisse d'assurance retraite de Sarrebruck




mardi 11 novembre 2014

CULTURE INDUSTRIELLE

11/11/2014 - Une machine d'exception vient d'être préservée de la casse au musée
de la mine de Petite-Rosselle, au cours de la semaine du 3 au 9 novembre 2014.
La suspension de la décision de détruire une machine d'extraction
à vapeur à la veille de son centenaire, a été prise à la suite des
réactions provoquées par l'entrée en lice des ferrailleurs.
La rediffusion de l'article "De chevaux en chevalements", mis en ligne
pour la première fois le 26 août 2012, paraît opportune dans ce contexte. 

Lire à la suite du premier article
 


De chevaux en chevalements


Disparus de la statistique de l'industrie minérale en 1870, les manèges actionnés par les chevaux pour remonter le charbon et assurer l'exhaure ont été remplacés par les machines d'extraction. Itinéraire, du cheval-crottin au cheval-vapeur...




 


Machine d'extraction à vapeur du puits Gustav II à la mine de Velsen / Grande-Rosselle, Sarre :
vue sur un des deux pistons et la poulie Koepe. Accessible au public.
© Sébastien Berrut – reproduction interdite sans autorisation 



Si, par une pirouette de l’histoire, l’exploitation charbonnière devait reprendre en France alors que l’établissement public Charbonnages de France est dissout, cette reprise serait d’initiative privée et se situerait dans la Nièvre. Le projet visant à valoriser le gisement de Lucenay-lès-Aix et Cossaye, avec des réserves estimées à 250 millions de tonnes dont 60 millions de tonnes économiquement exploitables, était prêt, stoppé par une forte opposition locale relayée par une réponse négative de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie au sein du gouvernement  de François Fillon II.

Le projet comprenait  la construction d’une centrale thermique utilisant les techniques du “charbon propre”, appelée à produire entre 500 et 1 000 mégawatts d’électricité par an en brûlant 2 millions de tonnes de houille. Finalement, le charbon restera sous terre. Après quatre années de procédure et d’agitation, les actionnaires de la Société d’exploitation des ressources énergétiques du Nivernais ont jeté l’éponge. Une façon de prendre acte de la décision de rejet du ministre de l’Ecologie annoncée en plein sommet de Copenhague à la fin du mois de décembre 2009. Mais, sait-on jamais, sous l'effet de la tension enregistrée sur le marché des matières premières …

Le pied-de-nez serait d’autant plus appuyé que l’ancêtre de la machine d’extraction a vu le jour dans la Nièvre. En effet, la commune de La Machine doit son nom au baritel, une
machine servant à extraire le charbon, qui y fut installée en 1670. Il s'agissait d'un système de treuils mus par des chevaux, un manège en bois. Les mineurs disaient : «-On va à la machine...-», d'où le nom donné à cette bourgade d'environ 3 800 habitants aujourd'hui. La Machine reçut le statut de commune peu après la Révolution.

«
-L’histoire, pourtant, n’aurait pas été la même sans Louis XIV. Le Roi Soleil avait enjoint à Louvois de consulter les savants pour que l’eau de la Seine puisse remonter la colline de Marly et arriver au château de Versailles. Il s’ensuivit un concours et c’est ainsi que le plus célèbre des ingénieurs de Wallonie de l’époque, Rennequin Sualem (1645-1708), remporta le premier appel d’offres international de l’histoire. Rennequin et Paul Sualem, avec leur beau-frère Gilles Lambotte,  créèrent une puissante machine élévatoire, la fameuse machine de Marly qui assura l’hydraulique somptuaire des fontaines de Versailles et l’eau courante des royales baignoires-».

«
-Après Marly, le ministre de Louis XIV envoya Rennequin Sualem dans la région de Nevers qui disposait d’un gisement houiller en attente d’être exploité. Les ingénieurs belges y construisirent des baritels en 1670 et, en 1689, des machines d'exhaure dans les mines de Decize. Cousin de Rennequin, Daniel Michel associé aux activités de son père, se lança ainsi dans l'exploitation charbonnière dans le Sud Nivernais et dirigea les travaux jusqu'à sa mort, en 1693. Cent ans plus tard, neuf puits de deux à trois cents pieds de profondeur étaient desservis par ces machines à molettes mues par 60 chevaux qui épaulaient le travail de 400 hommes-» [extraits du livre “Les chevaux de mine retrouvés”, S. Post, 2007].

La percée des ingénieurs belges en France est le témoignage d’une évidente avance technique. Leur réputation s’était forgée sur les berges de la Meuse impétueuse. Maçons et terrassiers avaient appris à estimer les pentes et les chutes, à construire écluses, bassins de retenue, brise-glace et dispositifs d'arrêt des matériaux charriés par le courant. Pour transformer l'énergie hydraulique en travail à partir d’une machinerie en bois, des charpentiers avaient installé des roues, des pignons démultipliant le mouvement ou le renvoyant à angle droit, et des arbres à cames pour transformer le mouvement alternatif en mouvement rotatif. La présence de nombreux gîtes métallifères dans la vallée de la Meuse (blende, pyrite, galène, schistes alunifères…) et le charbon exploité depuis le XIIe siècle, sinon plus tôt, avaient fait des mineurs belges des précurseurs.




Illustration extraite du livre “La vie souterraine”
de Louis Simonin, 1867

 

L’extraction par puits et machines à molettes était générale au XVIIIe siècle dans les régions minières de l’époque, en France. Les molettes étaient en fonte ou formées de voussoirs en bois serrés par deux plaques de tôle boulonnées. Les châssis des molettes reposaient sur des traverses horizontales assemblées avec les montants et arc-boutés par des bras de force. L’assemblage comportait l’arbre vertical du tambour.
 
L’antique machine à molettes, encore majoritaire dans tous les bassins miniers vers 1820, aura tendance à disparaître rapidement au profit des machines à vapeur de rotation. La statistique de l’industrie minérale française n’en fera plus état à partir de 1870 [L’évolution technique des houillères françaises et belges 1800-1880”, Thierry Veyron , Ed. L’Harmattan, 1999].

Les chevalements métalliques avec leurs grandes molettes ponctuent, à présent, la ligne d’horizon de tous les pays miniers. Dans le bassin houiller de Lorraine, cinquante-huit puits sont foncés et autant de chevalements construits. Il en restait moins de la moitié à quelques années de la fin programmée des HBL. Une petite dizaine ont été classés ou inscrits. Cette évolution donne toute son importance au livre “Les chevalements de Lorraine” [ P-C Guiollard, T. Janssen, T. Klassen, J-C Rohr, J. Urek, Ed. P-C Guiollard, 2001]. 




Réminiscences


 La vue des molettes en mouvement m’a toujours inspiré un sentiment assez indéfinissable, entre l’effroi et la fascination. J’entendais mon père et mes oncles dire «-Glück Auf-!-»… À tout homme qui descendait dans la mine l’ouvrier adressait ce salut du métier qui pourrait se traduire par «-Bonne remonte-!-». Comme pour conjurer la mort.

Pierre Hamp, dans son livre des années trente sur les mineurs dit quelque chose de terrible :  «
-Le public ne s’émeut que si les cadavres sont nombreux le même jour. Six mineurs tués chaque semaine, 310 au total pour l’année sur l’effectif de 307 480, cela ne trouble pas l’opinion. Il faut dix morts à la fois, au même lieu, pour qu’on achète les journaux du soir-».
 
Le 26 mars 1925, à Merlebach, le bassin houiller est affecté par une catastrophe. Au puits Reumaux, trois mois après sa mise en service, une défaillance provoque la chute de la cage contenant 79 hommes en deux planchers et entraîne dans la mort 56 d’entre eux.

L’application la plus assidue à éviter les accidents empêchera par la suite qu’un tel cauchemar ne se reproduise.

Combien de fois ai-je relu Pierre Hamp pour revivre dans ma tête les quelques occasions qui me furent offertes de prendre la cordée avec les mineurs, dans le cadre de ma profession ?  [“La France travaille – Les mineurs”, Ed. Horizons de France, 1932 ; “Gueules noires”, Gallimard, 1938] :

«
-Au jour, le machiniste d’extraction commande le mouvement dans le puits. C’est un train vertical, marchandises et voyageurs. Les bennes du combustible circulent à soixante-dix kilomètres à l’heure au milieu de la course. La cage des hommes ne doit pas dépasser dix mètres à la seconde, cela fait trente secondes pour la hauteur de la Tour Eiffel, une minute et demie pour atteindre le fond d’un puits de 900 mètres. Aux accidents d’explosion, il faut ajouter ceux du transport. Les repères mesurés sur le déroulement du câble, indiquent au machiniste la hauteur de la cage dans le cuvelage. Il la dépose à l’endroit exact avec la même justesse délicate que pour placer un verre de cristal sur une table-»...
 
Un des actes les plus critiquables de l’opération table-rase en Lorraine a été le dynamitage, en 1990, des chevalements de Faulquemont dessinés par le célèbre architecte industriel Léon Joseph Madeline. Ont également mordu la poussière, les machines d’extraction et, à l’arrière des deux puits, le bâtiment des chaudières qui produisaient la vapeur à 39 kg/cm2 pour les groupes turbo-alternateurs d’une centrale électrique édifiée dans l’architecture représentative de l’entre-deux-guerres.

Pour revivre tant soit peu l’ambiance d’une descente, la reconstitution du fond à faible profondeur au musée de Petite-Rosselle répond aux attentes. Au contraire, on reste les bras ballants devant le sort réservé par les voleurs de métaux aux machines d’extraction de l'espace muséographique du carreau Wendel.

Si une visite d’une machine d’extraction intacte vous tente, il suffit de passer le pont : allez à la mine de Velsen, à Grande-Rosselle/Sarre. Les vétérans y attendent le public chaque week-end, une main sur le cœur, l’autre sur le pupitre de commande.


Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur






Dessin extrait de l'Encyclopédie Quillet, 1937. Cliquer sur l'image pour l'agrandir




Machine d'extraction en service à partir de 1900, à Ronchamp (Haute-Saône)




Machine d'extraction de la fosse de Condé-sur-l'Escaut (Nord), en 1953 © Autrot


__________________ 




Une machine d'exception échappe à la casse



Le 30 octobre 2014, un courriel diffusé par une association sarroise de protection du patrimoine minier, dénonce comme un scandale le projet de mise à la ferraille d'une machine d'extraction du musée de Petite-Rosselle. Il est envoyé aux sociétés d'anciens mineurs du bassin houiller lorrain, alors qu’aucune information concernant ce projet ne filtre côté français.

Le 9 novembre 2014, retournement de situation. Les ferrailleurs, à pied d’œuvre depuis le 3 novembre au musée de Petite-Rosselle, ont pour consigne de ne pas s’attaquer à la machine d’extraction de Klarenthal dont le découpage avait été planifié, selon une source proche de l’opérateur. Ce revirement fait suite à l’émoi suscité par le projet de destruction de ce système datant de 1915, qui fonctionnait à la vapeur, en Sarre, au puits Calmelet du nom d’un ingénieur français de l’ère napoléonienne.

Après la décision d'ajourner la destruction de cette machine d’exception, aucune déclaration publique n’a été faite ni côté français, ni côté allemand. On peut toutefois tirer un enseignement de cet étrange "huis clos" qui révèle que les décisions envisageables pour mettre en valeur un tel équipement investi d’une forte symbolique – le machiniste actionnait le mouvement des cages, assurait la descente et la remontée des hommes, et la sortie de la production – se caractérise en réalité par une incapacité à dégager une action pertinente visant leur conservation. Sur les quatre machines d’extraction en place sur les carreaux Wendel-Vuillemin, aucune n’est accessible au public.

Si les machines d’extraction figurent «
au rang des inventions majeures mises au service du formidable essor de l’industrie minière des XIXe et XXe siècles » comme le souligne dans une étude la chercheure du CNRS Chip Buchheit, elles constituent un patrimoine méconnu et «-insuffisamment considéré
-».

Pourtant, étudiées en tant qu’objets techniques à part entière – composés d’un bâti, d’un moteur, d’un organe d’enroulement guidant le ou les câbles, d’un poste de conduite assurant l’inversion de la marche, de puissants dispositifs de freinage et de plusieurs instruments contrôlant les cordées – les machines d’extraction témo
ignent des grandes étapes de leur évolution technique.

Les équipements établis en Moselle présentent un intérêt particulier du fait du demi-siècle que dura l’annexion allemande (1870-1918), car s’y retrouve, selon Chip Buchheit «
la compétition à laquelle se sont livrés, entre 1902 et 1950, les tenants de l’extraction à vapeur et les promoteurs de l’extraction électrique ».

Les mines de l’ancien Reichsland d’Alsace-Moselle y ont tour à tour connu l’engouement initial des exploitants allemands pour les machines électriques, entre 1902 et 1918, avant de partager l’option "tout électrique" adoptée par les exploitants français au lendemain de l’armistice.

Cette alternance des souverainetés explique pourquoi les machines d’extraction électriques les plus anciennes de France se retrouvent aujourd’hui en Moselle et en Alsace, sur le carreau des puits Simon 1 et 2, à Forbach (machines d’extraction datant de 1908 et 1913) et, dans les mines de potasse d’Alsace, au puits Rodolphe 1 de Pulversheim (machine de 1913). Ces équipements doivent être regardés comme un héritage précieux des années allemandes » écrivait en 2007 la scientifique du CNRS.

Sur 15 systèmes d’extraction représentatifs dans le bassin houiller lorrain, 4 remarquables étaient réputés "protégés" en 1998,
selon Chip Buchheit. L'un des quatre (Cuvelette Sud) a pourtant disparu incognito. Il a été fait table rase également de ceux de Reumaux, Vouters, La Houve, De Vernejoul, Marienau… Qui en répond ? Les tenants de la culture scientifique, technique et industrielle sont aujourd’hui ultra-minoritaires face aux muséographes patentés et aux décideurs publics soucieux de réussir avant tout la reconversion des friches industrielles.


 
LES LIMITES DE LA MUSÉOGRAPHIE

 

«
Il n’y aura pas plus de muséographie qu’aujourd’hui à la mine Wendel » a averti le syndicat mixte en charge de la gestion du musée. Ce dernier a atteint un plafond, en termes de dépenses de fonctionnement, selon des déclarations reprises par le journal La Semaine du 19 avril 2014. Le nombre de visiteurs a dépassé 40 000 entrées annuelles, mais le pari culturel devrait s’arrêter là, au profit d’autres pistes plus ambitieuses. Ainsi, un projet dévoilé cette année, décrit ce que pourrait devenir cet ancien espace industriel de 150 hectares, dans vingt ans. Le scénario le plus structurant prévoit la création d’un vaste pôle multi-usage où se côtoieraient des laboratoires de recherche scientifique, de l’hôtellerie, un restaurant, des vastes espaces verts style floralies.

L’idée d’un tel réaménagement repose sur un constat flagrant, visible par chaque visiteur du musée-: aujourd’hui, seuls trois bâtiments sur 22 sont utilisés pour accueillir le public et certains sont en mauvais état. L’objectif est d’implanter des activités nouvelles pour le public le plus large, et de faire en sorte que ces activités drainent un public qui n’a pas pour intention première de venir sur le site pour y découvrir le musée, mais qui y viendrait pour des activités humaines, sociales, économiques et culturelles normales. Une extension de la ville en quelque sorte. « Tout cela combiné doit donner vie au site et garantir la pérennité des bâtiments en place, pour que l’un justifie l’autre
».
 

Ceci nous éloigne des machines d’extraction et engagerait à croire, sans doute à tort, que la destruction de celle de Klarenthal de 1915 visait à faire de la place et un peu de trésorerie.

« Dûment recensées et documentées dans le cadre d’études thématiques, la trentaine de machines d’extraction étudiées [en Moselle et en Alsace] constituaient bien une collection technique d’exception, non seulement pour les spécificités techniques remarquables qu’elles pouvaient présenter, mais aussi parce que tributaires d’une activité réputée définitivement révolue. En aucun lieu on n’a pourtant vu de machine d’extraction sauvegardée pour son seul intérêt » observait Chip Buchheit en 2007. C’est encore plus vrai aujourd’hui.


S.P.




Publié le 11 novembre 2014 


________________


Un sursis de quelques mois



L’ajournement du ferraillage de la machine d’extraction à vapeur Dingler de 1915 dans l’enceinte du musée de la mine, à Petite-Rosselle, a été confirmé par les dirigeants de l’établissement.

« Nous nous doutions que le ferraillage de cette pièce allait susciter un tollé côté sarrois. Nous avons donc décidé de suspendre sa destruction et entamé des démarches pour la céder, gratuitement, à des associations ou des sites en Sarre. Le problème : c’est que nous n’avons, à ce jour, reçu aucune réponse. Personne n’en veut (…) » a déclaré le président du musée de la mine au Républicain lorrain (éd. du 19/11/2014). Il s’est donné jusqu’au printemps pour trouver un repreneur. Après, « on verra ».

Côté français, aucune association de mineurs ne s’est prononcée publiquement sur le sort de cette machine. Proche du musée, le président de leur fédération s’est également abstenu d’intervenir dans le débat.

Reste un grand absent : le conseil scientifique du musée. Ses principaux représentants avaient eu le projet de présenter sur le carreau Wendel,
il y a quelques années, les différents types de machines d’extraction ayant fonctionné dans le bassin houiller de Lorraine. Ils s’étaient rendus en Sarre pour demander aux Allemands de céder au musée de Petite-Rosselle la Dingler, qui devait trouver sa place à côté de la machine du puits Wendel 2.

Le principe était de présenter une gamme de machines témoignant de leur évolution technologique, afin d’expliquer au public le fonctionnement d’un siège à différentes époques de l’histoire du charbon.

La machine a fait l’objet d’un début de restauration dans le cadre d’un chantier d’insertion. Sa mise en valeur a été abandonnée au gré des changements de direction du musée. Situation irréversible ou pas ? Il sera intéressant de voir si la direction des Affaires culturelles de Lorraine décide d'intervenir. 



 Publié le 20 novembre 2014




La machine d'extraction préservée est la soeur jumelle
de celle présentée à Velsen-Grande-Rosselle/Sarre.




Valorisée par une carte postale ancienne : une machine d'extraction du puits V à Merlebach, fabriquée par l'Allemand Thyssen. Cette machine a disparu. Il a été fait table-rase du bâtiment, préalablement vidé de sa machine de nouvelle génération.
Collection Serge Kottmann



Machine du puits Freyming, également livrée aux ferrailleurs dans le passé.
Collection Serge Kottmann




27/04/2011 | Machine d'extraction (poulie Koepe) du puits Wendel 2, à Petite-Rosselle (Moselle)
 A gauche les instruments pour le machiniste (indicateur de profondeur, tachymètre...)
Le public aura-t-il accès un jour à cette salle des machines et aux trois autres du
site muséographique de Petite-Rosselle ?
Photo Sébastien Berrut- reproduction interdite sans autorisation écrite



La machine d'extraction de Cuvelette Sud, pourtant "protégée", a disparu.
 Photo Serge Kottmann

Publié le 11 novembre 2014


lundi 21 avril 2014

BASSIN HOUILLER LORRAIN


Des raisons de zapper l'UNESCO


 Comparaison n'est pas raison. Il serait illusoire d'imaginer l'inscription du bassin houiller lorrain au Patrimoine mondial par l'UNESCO, à l'heure actuelle, en se référant au classement récent du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et des sites miniers wallons parmi les merveilles du monde...
( Publié le 7.07.2012 - mis à jour le 19.07.2013 )




Petite-Rosselle : la reconstitution du fond... à la surface.
 © Photo Wolfgang Staudt, Sarrebruck, sur Flickr


 
Le Nord - Pas-de-Calais partage une même fraternité de métier avec le bassin houiller de Lorraine. Mais là, son destin vient  de bifurquer. Porté au pinacle pour avoir su défendre le traitement patrimonial et mémoriel de son territoire, prenant en compte les vestiges d’une industrie éteinte depuis 1990 et les pratiques sociales qui se sont instaurées au fil du temps. L’esprit-mine y demeure très vivant et sert de ressort à « la volonté d'un nouveau développement s'appuyant sur la force d'une mémoire ».

S’agissant du patrimoine matériel – fosses, chevalements, terrils, corons, cités pavillonnaires, hôtels de ville, écoles, maisons d’ingénieurs, maisons syndicales, dispensaires, salles des fêtes, églises,  temples, presbytères, gares, haltes ferroviaires, postes d’aiguillage, monuments aux morts,  étangs d’affaissement, stades… – un classement signifie "on ne touche plus à rien" sans préalablement se reporter aux prescriptions culturelles onusiennes !

Et c’est, peut-être, la première des raisons pouvant inciter le bassin houiller lorrain à ne pas manifester le désir, à ce jour, d’être labellisé par l’UNESCO. Trop de choses restent en chantier.

Qu’observe-t-on en Moselle charbonnière ? En premier lieu, les conséquences de l’arrêt progressif des mines,  avec les fermetures successives de Merlebach (2003) et de La Houve (2004), la disparition des HBL et la dissolution des Charbonnages de France (2007). Un désengagement massif pouvant être considéré comme brutal au regard d’un  siècle et demi d’une activité qui a marqué, sous toutes ses coutures, le sol et les mentalités.

Cette fin programmée s’est accompagnée de la mise en œuvre rapide d’une politique de déconstruction des sites miniers, doublée d’une politique de construction d’une image-témoin savamment orchestrée par les HBL elles-mêmes.

L'«écriture» du passé mono-industriel a abouti à faire du carreau de Petite-Rosselle l’étendard de l’histoire charbonnière mosellane.  Pour autant, il ne fait pas partie du réseau européen des musées du charbon et aucun de ses représentants ne siège au Comité français d’histoire industrielle (1).


 ...............................................................................................................................

Évolution en cours
................................................................................................................................

Le seul musée du charbon de Moselle s’appelle jusqu’alors «La Mine» sous-titrée «Carreau Wendel».  Il sera rebaptisé «Parc Explor Wendel» pour la globalité du site de 150 hectares. Dans ce périmètre, le parcours souterrain, à faible profondeur, qui recrée l’ambiance de travail du fond,  s’appellera désormais «La Mine Wendel» et le cœur du musée «Les Mineurs Wendel». Celui-ci va s’ouvrir au public dans sa livrée définitive. Sa réalisation aura coûté 4,3 millions d’euros.

Une nouvelle dotation budgétaire de 812 000 euros a été affectée au musée à la fin du premier semestre 2012, afin de mener des travaux d’urgence qui consolideront les édifices les plus endommagés. Ce qui fait dire au président du syndicat mixte en charge de la gestion du site, que les installations (lavoirs, ateliers, décanteurs…) seront conservés en totalité. Rude programme. Car les bâtiments périphériques, notamment les extensions d'après-guerre directement lisibles par l'importance et l'homogénéité des volumes simples et rigoureux de fer et de briques rouges, trop longtemps  restés ouverts au vandalisme et soumis aux infiltrations, nécessiteront un traitement de choc étalé sur des années. Pour quel usage ? La question arrive trop tôt.

Parallèlement, un inventaire doit permettre d’entamer une rigoureuse sélection des innombrables objets, plus ou moins volumineux, en stationnement anarchique entre l’entrée du site et le parcours de représentation du fond. On conservera tout ce qui est unique et présente un intérêt historique. Il y aura forcément de la mise à la ferraille.


Il  reste un angle mort concernant  le réseau ferroviaire et la collection de locomotives industrielles du Carreau Wendel. Cette dernière sera-t-elle conservée ou pas ? Les pro-chemin de fer disent que le transport de la houille est un thème majeur de l’histoire charbonnière. Leur argument consiste à souligner que les voies ferrées (la ligne Metz-Forbach-Sarrebruck est un bon exemple) ont été posées pour le charbon, ses producteurs et leurs clients. Ainsi s’expliquent les liaisons ouvertes pour desservir la sidérurgie, les soudières, les salines… Leur mise en place raconte le désenclavement des puits et le maillage multimodal du territoire : routes, rail, voie navigable.

On ne peut objecter que le «service chemin de fer» des HBL ne soit pas un sujet de premier plan. Et comme pour lui faire écho,  le «grand roulage» de La Houve, au fond de la mine, a été le plus impressionnant du monde, avec 40 kilomètres de voies électrifiées, des trains de 200 tonnes tractés par des locos alignant 300 chevaux.

Un autre thème mériterait d’être promu, celui de la technologie mise en œuvre pour l’abattage du charbon dans les « dressants », les veines inclinées à plus de 60 degrés. La maîtrise de leur exploitation a valu à Merlebach une réputation planétaire et la venue de délégations de spécialistes de tous les continents.  Foin des superlatifs. La «mise en objets» de la mémoire du bassin houiller lorrain est en train de se faire. Une situation trop évolutive pour briguer le label de l’UNESCO. Prématuré.


................................................................................................................................

Échec à l'union 
................................................................................................................................

Malgré la lourde réhabilitation en cours, tous les efforts engagés à Petite-Rosselle n’ont pas suffi à drainer le public attendu sur le musée, qui peine encore à fonctionner.  Il rencontre une difficulté récurrente à stabiliser son équipe scientifique et culturelle. Et sans jouer les Cassandre, le budget de fonctionnement de ce lieu de mémoire et d’animation sera de taille, alors que le bassin houiller lorrain est soumis à l’épreuve des pénuries.
 
Démographie en déclin, tissu productif en profonde mutation, chômage massif chez les jeunes, persistance de populations défavorisées. Malgré le "Pacte charbonnier" qui a assuré la paix sociale en donnant un revenu de remplacement aux effectifs dégagés par les mesures d’âge avant et lors de la fermeture des HBL, mais qui n’a pas comporté de volet industriel. Cependant, il serait injuste de ne pas saluer les apports de réalisations récentes, telles que l’Eurozone Forbach-Sarrebruck, la Pépinière d’entreprises, le Technopôle Forbach-Sud, l’Europarc Forbach-Nord. L’écart par rapport aux besoins reste toutefois énorme.

L’arrondissement de Forbach devrait perdre 17.000 habitants (soit 10% de sa population actuelle) à l’horizon 2030. Selon une étude de l’INSEE, il est le seul dans le département de la Moselle à avoir connu une hémorragie entre 1999 et 2008 (-5.700 habitants, soit -3%). Cette baisse a fait suite à celle de même ampleur observée lors de la décennie précédente. La Communauté de communes de Freyming-Merlebach a subi la plus forte baisse absolue et relative de population : 3.500 habitants perdus en neuf ans (soit -9%).
 
Dans ce contexte, un jeune sur quatre ne trouve pas de travail dans le secteur et plus d’un cinquième de la population vit avec moins de 949 euros par mois.

C’est donc bien sur sa capacité à sauver la région du marasme que la classe politique sera jugée. Les collectivités locales sauront-elles toucher les dividendes d’un tourisme industriel qui n’a pas encore tenu ses promesses ?  En attendant, elles gagneront plus à développer d’arrache-pied un projet de redressement économique à la hauteur des enjeux. Dans un climat apaisé. Ce qui passe pour un vœu pieux face aux 10 intercommunalités que compte le bassin houiller lorrain. On est loin d’une démarche unitaire en direction de l’UNESCO.

En amont de ce morcellement se situe la suppression de la redevance minière, échéance pour laquelle les communes ont été incitées à rassembler leurs forces. Elles ont préféré les micro-zones à un regroupement plus homogène. Situation complexe qui amène des tensions, chacun ayant tendance à voir midi à sa porte.  Passons  sur le dernier dossier qui fâche : la carte hospitalière où les antagonismes des villes de la Moselle-Est apparaissent au grand jour. Le PTU (plateau technique unique) devait faire de Freyming-Merlebach un pôle hospitalier de premier ordre. La controverse rebondit alors que le débat semblait clos…

D’autres lignes de fracture risquent d’apparaître. Après les élections législatives de 2012, il sera intéressant de voir avec quel empressement le député-maire UMP battu de Freyming-Merlebach  joindra sa contribution financière à celle de son rival, le nouveau député PS, maire de Forbach.

Couper les vivres au musée de la mine de Petite-Rosselle ? On n’en est pas là. Mais le recentrage très wendélien et rossellois, plus local que régional, choisi par le musée, comporte le risque de tiédir la détermination des défenseurs de la cause d’un haut-lieu de l’histoire minière désormais très connotée.

Reste que les élus de tous bords continueront de se mobiliser en vue de reconvertir les héritages de la mono-industrie en espaces porteurs de développement. La vallée de la Rosselle, « colonne vertébrale » du bassin houiller, en sera un des principaux chantiers, non seulement côté français, également à l’échelle de l’agglomération transfrontalière «SaarMoselle», l’eurodistrict créé en 2010.

L’un des objectifs, à terme, du « Parc de Développement de la Vallée de la Rosselle » est de donner corps à un arc entre le site du complexe sidérurgique  de Völklingen, inscrit au Patrimoine mondial par l’UNESCO en 1994, et le carreau Wendel, ponctué par le développement d’autres sites décentralisés (carreau de Velsen, carreaux St-Charles et St-Joseph, carreau du Warndt en Sarre, forêt et moulin du Guensbach…). «En vue de favoriser le développement urbain de la commune de Petite-Rosselle dans une optique de mixité des fonctions urbaines, une partie de l'emprise du musée est destinée à l'accueil d'une aire d'extension mixte (activités, logements), à intégrer de façon harmonieuse au site du musée (chemins de promenades et espaces verts)» peut-on lire dans une étude.

................................................................................................................................

L'abstention l'emporte 
................................................................................................................................


Après les doutes sur les chances de voir la classe politique renoncer à ses divisions, on constate que la population affiche assez promptement un air désabusé. Voir la campagne électorale atone et les records d’abstention aux dernières élections, dans cette région où le vote conservateur demeure une constante de l’expression politique, même si la gauche socialiste a su y trouver sa place. Cette fois, les deux députés sortants de la droite républicaine ont été éliminés et si les villes ont offert une victoire assez nette aux socialistes, en revanche, la droite nationale s’est définitivement ancrée dans le bassin houiller. Rejet d’un système plus qu’un vote d’adhésion à l’extrême-droite, dit-on le plus souvent.

Désabusée encore, la population n’a pas porté le deuil  après la disparition, cette année, du spectacle-vedette des « Enfants du charbon », une fresque vivante sur laquelle avait pourtant soufflé un vent de louanges. Pour voir réagir la majorité silencieuse, parlez-lui  plutôt de l’indemnisation des dégâts miniers, de la sauvegarde des avantages de l’assurance maladie du mineur, du maintien des cabinets médicaux, que d’une candidature à l’UNESCO.

Si la « déHBLisation » signifie la fin de l’influence des houillères sur le destin de la région, elle provoque en même temps cette forme de blues qui guette les périodes de mutation. Comme la reconversion, particulièrement difficile, qu’a connue le Nord - Pas-de-Calais, terre de Germinal, où les hommes ont construit des montagnes, avec  852 puits et 326 terrils. L’enseignement, au sens propre, est souvent venu du Nord. Pour se projeter dans l’avenir, les Nordistes ont tourné la page quinze ans avant les Lorrains. Et cela fait dix ans que l’association du « Bassin Minier Uni » (BMU) était au charbon pour remporter le titre de « Bassin Minier Unesco » (re-BMU)...

Mais, comparaison n'est pas raison.




Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur



Publié le 7 juillet 2012 - mis à jour en septembre 2012 et juillet 2013



(1) Depuis le mois de septembre 2012, le musée de Petite-Rosselle est représenté au sein de ce comité par la responsable de son pôle culture, archiviste de formation et fonctionnaire territoriale. Cette information a l’avantage de répondre à une interrogation formulée dans notre billet du 11 juin 2012, dans lequel nous constations avec raison que le musée du charbon lorrain était absent de cette instance lorsqu'elle a été installée. C’est le Centre historique minier de Lewarde (Nord-Pas-de-Calais) qui apparaît comme le chef de file, en quelque sorte, des musées de la mine français.





Après la fête de 2004, qui avait occasionné pas moins
que la venue d'un ministre, le site de La Houve a été entièrement rasé.
On est dans la logique d'une neutralisation patrimoniale...
 © Photo Charbonnages de France




La façade monumentale de la salle des machines des puits Simon 1 et 2 à Forbach.
Le site "est une verrue au cœur du paysage local", estiment des décideurs locaux
dont l'avis est déterminant. Ils proposent de " procéder au nettoyage complet des lieux et
à leur verdissement" (Le Républicain lorrain du 26.01.2013).
 © Photo Sébastien Berrut



 ____________


« Cachez ces gueules noires
que nous ne saurions plus voir »


Les élus de l’arrondissement de Forbach siégeant au SCOT (schéma de cohérence territoriale) ont voté, à la seule exception du maire de Metzing, la suppression d’un panneau d'autoroute présentant le visage  stylisé d’un mineur, sur fond de chevalement et de cité ouvrière, à l'approche de Freyming-Merlebach. Ils n'ont plus envie de le voir et lui préfèrent une image plus attrayante, éventuellement un paysage du Warndt. Exit le bassin houiller ! Un acte involontairement symbolique, dix ans après la fermeture de la mine de Merlebach (septembre 2003) qui a tiré la ville vers le fond.

C’était sans compter avec les internautes. Sur Facebook, la photo du panneau publiée par Le Républicain lorrain (lequel a ouvert le débat avec ses lecteurs), a été partagée plus de 1 000 fois en quarante-huit heures. Les femmes, filles ou épouses d’anciens mineurs, ont été les plus nombreuses et les plus passionnées sur le sujet.

Bel exercice de transparence. La synthèse des réactions a été publiée par le quotidien dès le lendemain, accompagnée d’un “billet” de notre estimé confrère (voir la coupure du RL daté 18.07.2013, ci-après). Il tire un enseignement de ce tollé, après avoir rappelé que le président du SCOT a décidé sur-le-champ de faire marche arrière…

La Fédération des mineurs et sidérurgistes de Lorraine-Sarre-Luxembourg, opposée à l’idée de voir disparaître le fameux panneau, estime pour sa part, que «-le dynamisme économique ne réside pas dans une volonté d’effacer les traces d’un passé dont nous sommes fiers, mais dans des actions efficaces tournées vers le futur, sans renier le passé ».

Enfin,  pour François Belin, ingénieur retraité, ancien patron de la communication des HBL, promoteur du musée de la mine du carreau Wendel, le panneau du mineur de l'autoroute «-donne une image misérabiliste de ce qu’ont été les houillères qui ont fait vivre pendant un siècle et demi notre bassin. C’est du mauvais «-germinalisme-».

Il faut effectivement rappeler par des signalisations cette épopée industrielle menée par des hommes courageux venus de nombreux horizons d’Europe et d’au delà, qui ont mis en œuvre des techniques innovantes et sont parvenus à des résultats exemplaires. Mais il faut le faire dans une forme plus respectueuse de la réalité des entreprises minières mosellanes, et en ouvrant sur les perspectives de réindustrialisation, et de mise en valeur des sites naturels et bâtis de l’ancien bassin houiller.

Je pense, écrit encore François Belin, que le débat provoqué par cette affaire de panneau est une bonne chose, car il permet de s’interroger avec Paul Fellinger sur les valeurs et les atouts qui doivent entraîner la revitalisation de notre bassin et susciter une prise de conscience générale et la fin de querelles de clochers qui grèvent gravement son avenir-».

Ce n'est pas un changement de panneau qui fera entrer dans une vision plus vertueuse la réflexion sur le développement.





Lire aussi :
- La "déHBLisation" orchestrée par les HBL


 ____________


 À 40 KILOMÈTRES DE LÀ…
Un site minier reconverti en parc à thème géologique


A Voelklingen l'acier, à Petite-Rosselle le charbon... Ce binôme est un vœu pieux. En tout cas, cette vision bicéphale est incomplète, car elle doit intégrer un troisième pôle qui monte en puissance : sur l’ancien site minier de  Landsweiler- Reden (circonscription de Neunkirchen-Saar), à une quarantaine de kilomètres de Petite-Rosselle, le parc à thème GONDWANA – Das Praehistorium est une zone muséale expérimentale, qui s'est fixée comme but l’explication de l'histoire de la Terre et l'évolution des organismes. 

Ses promoteurs visent un très large public : «-Nous sommes un institut qui propose un enseignement à la fois éducatif et divertissant. En plus de notre exposition, nous proposons des visites guidées spéciales et des exposés pour enfants et adultes.

Le concept de notre exposition est différent des musées traditionnels. Avec le concours de spécialistes renommés dans les domaines de la biologie/paléontologie , des arts tridimensionnels, de l'architecture et dans le domaine du multimédia , il nous est possible de reconstituer, et ce avec beaucoup de moyens, des paysages préhistoriques qui ne laissent pas indifférents.

Nos paysages sont reliés les uns aux autres par un système de couloirs, dans lesquels se trouvent des informations scientifiques sur la faune et la flore d'antan. Il est même possible de se promener entièrement dans les différents paysages qui sont très détaillés. La biodiversité de la faune et de la flore reflète l’état actuel des connaissances scientifiques.

L'exposition fait appel à nos sens : à côté de la stimulation visuelle, qui se caractérise au travers d'insectes géants, d'amphibiens et de dinosaures, l'on fait appel à l'odorat et à l'ouïe, qui donnent l'impression que l'on se trouve dans un paysage réel, alors qu’il n'existe plus depuis des millions d'années-».

Le Praehistorium est aménagé sur un ancien site minier. «-Nous avons volontairement choisi un emplacement ayant un rapport direct avec notre exposition. Elle se situe à côté d’un terril constitué de grès issu de la mine, dans lequel l'on retrouve des fossiles des forêts carbonifères, que nous avons su reproduire de façon spectaculaire dans notre exposition
-».

Non loin de là se trouve le centre de documentation pour la biodiversité (Zfb), qui donne accès à des collections zoologiques, botaniques et géologiques de la région.

Outre le développement climatique, des paysages et de la biodiversité sur le continent du Gondwana à l’ère primaire, le visiteur a la possibilité de voir les changements survenus dans la région de la Sarre au cours des millions d'années de l’échelle des temps géologiques.





Reconstitution de la forêt carbonifère © Gondwana Praehistorium