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lundi 15 décembre 2014

COMMENT ÇA MARCHE...

Éteindre un terril en combustion


Au pays où les hommes ont creusé des puits et construit des montagnes de remblais, l’échauffement d’un schistier peut devenir dangereux, en raison du monoxyde de carbone et du dioxyde de soufre dégagés dans l’atmosphère. Et des risques de brûlures parfois mortelles s’y l’on s’aventure sur ces terrains devenus instables et incandescents. Le géologue Yves Paquette revient sur le confinement du terril en combustion de la carrière Simon à Schœneck, près de Forbach.

 [Première diffusion le 6 octobre 2012]

 


En janvier 2000 un « Beechcraft » embarquant les équipements de mesure du
Laboratoire National d’Essai, volant à 2 000 pieds, permet
d’obtenir cette image colorisée des températures de surface du
schistier de Schœneck, en Moselle.

Cliquer sur les images pour les agrandir. Reproduction interdite




Lorsque le schistier de 3,5 millions de mètres cubes de la carrière Simon a présenté les premiers signes de son feu intérieur, la population a eu froid dans le dos en apprenant le risque qu’une telle combustion pouvait entraîner pour la santé publique. L’auto-échauffement des matériaux issus d’un ancien lavoir à charbon est resté dans les esprits, une dizaine d’années après le traitement de choc qu’il a nécessité. Une opération d’abord engagée par les Houillères du Bassin de Lorraine qui, devant l’ampleur du phénomène, ont demandé l’assistance des spécialistes de l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS créé en 1990 à partir des équipes du CERCHAR, ancien Centre d'études et de recherches des Charbonnages de France).
 

Expert de ce type de situations, le géologue Yves Paquette est alors venu prendre les choses en mains et sa solution s’est imposée. Aujourd’hui, il estime que « le confinement intégral du schistier en combustion, sous plus de 600 000 mètres cubes de sablons a rempli parfaitement ses objectifs en supprimant les émissions de fumerolles et la stagnation des fumées dans la carrière lors des périodes d’inversion thermique. Sans défournement ni manipulation de produits chauds, dit-il, cette solution a eu pour avantage de ne générer aucune poussière ni fumée pendant les travaux. Elle a pu se dérouler dans des conditions de sécurité optimales pour les opérateurs. Et elle a permis par ailleurs de traiter le site au plan paysager et de stabiliser à long terme le grand talus du schistier en abaissant sa pente de 35 à 27 degrés ».
 

Initialement, le terril construit de 1986 à 1997 s’est présenté  sous la forme d’une vaste plate-forme d’une longueur en crête de 400 m, profonde de 200 m, appuyée au sud et à l’ouest sur les flancs de la carrière. Le talus était haut de 50 à 60 m.



    
Le brouillard chargé de gaz avait envahi la carrière et incommodé la population.




Pourquoi il brûle...



Yves Paquette revient sur l’historique du phénomène de Simon. Des auto-échauffements chroniques des schistes ont pris de l’ampleur à partir de 1998, sur une bonne partie du flanc exposé à l’air et aux intempéries. « L’infiltration des eaux de ruissellement et le lessivage des matériaux fins a permis l’oxydation des pyrites [sulfure de fer pouvant contenir des traces de plomb, de cuivre, d’arsenic, de zinc, de nickel…, ndla] et des charbons contenus dans le dépôt. Ces réactions exothermiques ont déclenché l’auto-combustion des matériaux carbonés, combustion entretenue ensuite par leur teneur en matières volatiles relativement élevée. La teneur en cendres des schistes de Simon est de l’ordre de 75%, avec un pouvoir calorifique supérieur estimé à 1 200 kth/tonne ».

Début 1999, les foyers ont commencé à dégager d’abondantes fumées et à se généraliser à l’ensemble de la crête du schistier. Les premiers travaux de confinement ont été réalisés par les HBL avec l’apport de 30 000 mètres cubes de sables argileux en provenance de la carrière de Freyming-Merlebach ou de chantiers de terrassements locaux, utilisés pour masquer sur une épaisseur 50 centimètres  à 1 mètre les hauts de talus et le bord de la plate-forme.



Décembre 1999.


Au cours de l’hiver 1999-2000, des foyers sont apparus dans la zone centrale, en partie basse du talus, là où la granulométrie des matériaux est la plus forte. Attisés par les rafales de vent, ces foyers ont accru le volume des fumées et provoqué de sérieuses nuisances olfactives pour les riverains.
 

« S’ajoutèrent à ces désagréments des désordres environnementaux plus sérieux liés à l’envahissement total de la carrière par les fumées produites lors des classiques inversions thermiques en période hivernale. L’excavation a été plusieurs fois – entre novembre 1999 et mars 2000 – intégralement noyée dans un brouillard matinal, chargé de fumées et de monoxyde de carbone, qui ne se dissipait que vers midi. Ce brouillard stagnant débordait de la carrière et enveloppait les abords, menaçant plus directement un lycée technique situé en bord de crête au sud-est.

Les teneurs en monoxyde de carbone mesurées à cette occasion dans l’atmosphère aux abords de la carrière, atteignaient pendant quelques heures des valeurs de 15 à 20 ppm. Elles dépassaient 100 ppm dans la carrière. Les analyses de gaz ont également révélé, pendant ces périodes de stagnation des fumées, 4 à 5 ppm de dioxyde de soufre ainsi que des traces d’hydrogène sulfuré ».

Une télésurveillance renforcée du site a été mise en place par caméra vidéo et par quatre têtes de mesure de CO, reliées au télévigile des Houillères du Bassin de Lorraine.


L’apport de sable extérieur au site a repris au dernier trimestre 1999 (43 000 mètres cubes) pour tenter de contenir les foyers en partie basse. Les matériaux étaient poussés au bouteur depuis le haut du talus sur le flanc, pour former une grande coulée épaisse de 1 à 3 mètres et large d’une cinquantaine de mètres. « Malheureusement, les foyers ainsi recouverts se sont rapidement déplacés latéralement de part et d’autre du masque pour retrouver les entrées d’air (effet cheminée) et le volume des fumées ne s’est pas atténué » explique Yves Paquette.


Au cours du premier semestre 2000, des mesures conservatoires préconisées alors par l’Ineris ont consisté :


- à réaliser un premier masque du pied de talus (22 mètres de haut, 400 mètres de long, 115 000 mètres cubes) dans les secteurs les plus émissifs du fait de la forte granulométrie, à partir de sablons extraits sur le site même de l’ancienne carrière de Simon


- à projeter sur le reste du flanc une coque de béton projeté épaisse d’une vingtaine de centimètres (soit au total 10 300 mètres cubes d’un coulis de cendres volantes et de ciment), à partir d’une nacelle, pour une première action rapide d'étanchéitification


-  à poursuivre les apports de sablons extérieurs au site pour continuer à masquer les foyers en crête (20 000 mètres cubes).





En première urgence, projection de béton pour étancher
rapidement les secteurs en échauffement, au premier semestre 2000.





Thermographie aérienne (Laboratoire National d’Essais)
et carte des sondages au sol.



La cartographie des températures de surface a été obtenue le 19 janvier 2000 par la thermographie aérienne effectuée par le Laboratoire National d’Essais, plus précisément par une analyse de la température réfléchie au scanner multispectral.

Un “Beechcraft” de la direction générale de l’aviation civile spécialement équipé par le LNE est venu survoler le site à une altitude d’environ  2 000 pieds, à une vitesse 100 nœuds sol et par une température de l’air de 4°C, tandis qu’au sol, 30 sondages profonds de 30 à 80 mètres ont été ensuite réalisés en deux campagnes, équipés pour la mesure des températures internes à l’aide de sondes thermocouples.

« Ces investigations ont révélé  qu’une grande partie du schistier était en combustion, avec des températures internes de 50 à 90°C, pouvant localement s’élever à 150-300°C sur les flancs plus ventilés. Le foyer principal était situé  en pied de talus, dans la zone centrale, là où l’on avait commencé à masquer les zones les plus émettrices de fumerolles » déclare encore Yves Paquette : « Les solutions de traitement classique par défournement total ou partiel devenaient dès lors prohibitives, tant techniquement que financièrement, vu l’importante masse de produits échauffés, outre le risque pour les opérateurs de manipuler des matériaux incandescents ».



... comment on l'éteint


« La solution de mise en sécurité du site finalement retenue fut le confinement intégral du dépôt sous des sables limoneux utilisés en butée du grand talus et en recouvrement de la plate-forme. L’objectif du traitement était de supprimer les nuisances environnementales en réduisant les entrées d’air et le volume des fumées émises  et en abaissant les températures internes de combustion ».

Extrait sur le site même de l’ancienne carrière, le sable a été mis en place par tranches montantes de 30 centimètres soigneusement compactées. Les travaux de terrassements en grande masse (mise en place de 490 000 mètres cubes de sablons compactés sur le dépôt) ont été réalisés entre juillet et octobre 2000, avec des cadences moyennes hebdomadaires, sur deux postes de travail, de 30 500 mètres cubes par semaine.

« Le talus du schistier a été masqué par une grande risberme (pente intégratrice de 27°) avec trois banquettes drainantes intermédiaires, larges de 5 mètres, réglées pour permettre une bonne gestion des eaux de ruissellement : contre-pentes amont et latérales de 2%, mise en place de cunettes souples en géotextiles imprégnés de bentonite, et de descentes d’eau en tuiles de béton emboîtées.

La risberme a été dimensionnée de manière à obtenir une épaisseur de masque en crête de 2,5 mètres, soit près de 15 à 20 mètres d’épaisseur à la base du talus, au droit des parties les plus perméables et les plus chaudes. Sa stabilité a été contrôlée vis-à-vis du risque de rupture circulaire, pendant la phase des travaux, ainsi qu’à long terme, pendant et après ennoyage de la carrière ».

L’épaisseur de sables limoneux mis en place sur la plate-forme est d’au moins 1,50 mètre. Son modelé avec contre-pente préserve le dépôt de l’érosion par les eaux de ruissellement.

Talus et la plate-forme ont été ensemencés de graminées par projection de graines et de fertilisants au canon à eau. La fétuque, le ray-grass et le trèfle jaune ont intégré le terril dans un paysage à couper le souffle.

Les foyers émissifs à forte température ont disparu avec le confinement  et les températures internes, régulièrement mesurées dans le réseau de sondages de contrôle demeuré opérationnel,  inférieures à 80°C pour la plupart, ont baissé en moyenne de 10 à 20°C entre 2000 et 2002. Le pronostic est une lente décroissance au fil des ans. Aucune odeur ni fumerolle n’est aujourd’hui perceptible, tandis que le système de télésurveillance des teneurs en monoxyde de carbone n’indique plus d’émission significative.

Le confinement intégral du schistier de Simon aura coûté 4 millions d’euros. L’essentiel de l’aménagement paysager de la carrière a été réalisé dans le cadre de cette enveloppe.

À terme, la carrière s’ouvrira aux loisirs avec un plan d’eau d’environ 30 ha. Il naît de la remontée de la nappe phréatique à la suite de l’arrêt des exhaures minières. Sa profondeur attirera les clubs de plongée qui actuellement se déplacent en Belgique et en Allemagne… Entre boire la tasse ou prendre un bol d’air, au choix ! Oubliés les gaz délétères.



Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur
avec Yves Paquette  géologue minier




Le traitement par confinement du terril de l'ancien siège de Simon
a été réalisé par Yves Paquette (INERIS),
Court Tuleweit (HBL), Michel Audoin et Christophe Lac
(SEPIA, bureau d'ingénieurs conseil)
avec la contribution de Pierre Mentzer et Lucien Ditsch
(direction de l'unité d'exploitation "jour" des HBL),
M. Tomasina (Muller TP) et Jean-Jacques Henry (Henry SA).
Au plan national, le magazine professionnel  Travaux et
la revue de la Société de l'Industrie minérale ont
largement ouvert leurs colonnes à cette opération.


Publié le 6 octobre 2012



Vue de la butée de pied initiale destinée à étancher les
parties les plus perméables du remblai, en mars 2000.
 



Avancement au mois de septembre 2000.

 



Vue générale du schistier de Simon et d’une partie de la carrière, en juillet 2003.




Décroissance régulière des températures relevées dans quelques sondages.


Lire aussi :


lundi 1 décembre 2014

LE VITRAIL MINIER


Artistes et maîtres verriers au charbon !

La lumière que tamisent les vitraux consacrés  à la mine agit
comme une machine à remonter le temps.
Serties dans les lamelles de plomb, les mosaïques de verre coloré
exaltent la valeur du travail aux grandes heures du paternalisme,
perpétuent le souvenir douloureux des catastrophes, habillent
le souvenir de métiers disparus.


Détail d'un des dix-neuf vitraux du Centre minier de Faymoreau (Vendée) © Carmelo Zagari / CMF



Décorations lumineuses et transparentes suspendues dans l’espace, ces verrières apparaissent comme une promesse d’éternité. Mal répartie. Car leur inégale distribution sur le territoire national est flagrante. Difficile, en effet,  de les recenser dans le périmètre des vieilles mines familiales du Centre et du Midi, celles qui ont fondé l’Ecole des mineurs à Saint-Etienne et ont fait du bassin stéphanois le doyen des bassins houillers français.

L’art du vitrail d’inspiration minière est très répandu, au contraire, dans Nord-Pas-de-Calais. Faut-il y voir l’influence du patronat des grandes mines bourgeoises, qui ont fait florès comme la Compagnie d'Anzin créée à en 1757, par le vicomte Désandrouin,  si souvent citée pour avoir lancé l'exploitation de la houille dans le nord de la France ? Elle a été l'une des premières grandes sociétés industrielles françaises, un symbole social et politique du capitalisme français du XIXe siècle.

C’est dans ce bassin minier que les maîtres-verriers sont allés au charbon le plus efficacement. Là, le vitrail est l’image du pouvoir sous toutes ses formes : patronal, politique, religieux.

Quand le vitrail habille les ouvertures des églises et des chapelles construites sous l’impulsion des barons de l’industrie, l’intention est claire. Ne dit-on pas que le patron ou le maître de forges se tenait au premier rang, se retournant pour s’assurer que les familles ouvrières étaient au complet pour entendre le sermon ?

Une certaine logique est à l’œuvre. Les verrières, déjà au Moyen Age,  n’étaient-elles pas «une bible en images» aux yeux des fidèles, dont la plupart ne savaient pas lire ? Le paternalisme - cette  conception patriarcale et faussement paternelle de l’exercice de l’autorité vis-à-vis de la classe ouvrière - semble y avoir trouvé une source d’inspiration. Singuliers jeux de lumière entre les figures allégoriques de la mine et le ciel flamboyant des révoltes ouvrières.



Quand l’artiste se plaît, dès le début du XXe siècle, à insuffler la vie des "gueules noires" dans les vitraux des églises, des grands-bureaux, des écoles, des hôpitaux, on peut s’autoriser à parler d’une religion du travail.

Et voilà que les maîtres verriers  décorent  aussi  les hôtels de ville. Comme celui de Bruay-la-Buissière, construction de style renaissance flamande, dont les vitraux ont été réalisés en 1929 par Alfred Labille.
C’est l’époque où la France va connaître la Grande Dépression qui va du krach de 1929 aux États-Unis jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la plus importante crise économique avec une explosion du chômage.



Le visiteur se laisse envoûter par le tableau prégnant de l’abattage du charbon au pic en taille haute, par l’évocation du rôle dévolu aux femmes dans la chaîne du travail.
Hommage aux «herscheuses»,
aux cribleuses, aux galibots aussi.
Scènes d’avant le Front populaire. 

Nul n’empêchera le même visiteur de se remémorer  l’atmosphère de Germinal  et le regard que le roman social d'Émile Zola porte sur le capitalisme au XIXe siècle.


Trois vitraux de l'hôtel de ville de
Bruay-la-Buissière (62) © André Demarles


En Lorraine, les vitraux appartenant au même registre sont nettement plus rares. Dès le début de l’épopée du charbon, «l’orgueil de la Lorraine fut de fonder le plus savant, le mieux outillé et le plus productif des bassins houillers de France» écrivait en 1932, Pierre Hamp, dans la vaste enquête intitulée «La France travaille».

Si cet auteur parle de «mines familiales» pour la Loire, de «mines bourgeoises» pour le Nord et le Pas-de-Calais,  le qualificatif de «mines technologiques» n’apparaît pas sous sa plume, mais il peut s'appliquer aux houillères de Lorraine, dans le plus jeune des bassins français qui verra le dernier ses molettes s’arrêter en 2004.


En l'église Sainte-Croix, à Creutzwald (Moselle),
un mineur signé Théodore Gérard Hanssen
 © Pierre Reinert, président de la société d'histoire locale


A L'Hôpital (Moselle) : " Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front"
© Serge Kottmann


La rareté des vitraux d’inspiration minière dans le bassin houiller mosellan, à l'exception des œuvres représentant sainte Barbe, mérite d’être relevée et il faudrait une analyse approfondie pour en connaître les raisons. À Creutzwald, toutefois, l'église Sainte-Croix, dispose d'un diptyque remarquable de Théodore Gérard Hanssen réalisé en 1949. Il a été installé par les établissements Thomas, maître-verrier à Valence. À Rosselange, un vitrail est dédié aux mineurs de fer, un autre aux mines de charbon, en l'église Saint-Nicolas, à L'Hôpital. Dans cette même localité, à Bois-Richard, d'aucuns voient dans un vitrail réalisé par Jean-Marie Walaster en 1987, un clin d’œil aux hommes du fond.

Vitrail de Jean-Marie Walaster, L'Hôpital (57)



Les idées ont évolué. La mine a continué, cependant,  à forger les comportements sociaux, le paternalisme cédant le pas à des modèles fédérateurs comme le sport et la culture. À Saint-Etienne, Lens, Valenciennes, Merlebach et Piennes,  le ballon de football est parti dans la verrière. Manière de dire que la démocratie a envahi le terrain, apportant des satisfactions individuelles, donnant collectivement de nouveaux ressorts à la société.  Dans un tel contexte, on imagine mal un financement de vitraux d’église sur le budget de l’Etat laïque et républicain, par les houillères nationalisées soumises à un plan de récession annoncé dès 1960.


L’après-charbon, pourtant,  ne sera pas fatal au travail des vitraillistes sur le thème de la mine. Ainsi, une artiste pluridisciplinaire du Nord, Judith Debruyn, vient de créer une magnifique succession de vitraux pour l’église Saint-Amé, de Liévin (Pas-de-Calais). Ceux du chœur illustrent la catastrophe minière de 1974. On peut lire sur les vitraux de l’intérieur comme de l’extérieur, les prénoms des 42 mineurs ayant péri lors du drame.


Vitraux de Judith Debruyn, église St Amé, Liévin (62) © Tous droits réservés


© Carmelo Zagari /
 Centre minier de Faymoreau
Dans d’autres régions plus inattendues, comme la Basse-Normandie ou la Vendée, l’art du vitrail minier a également surgi.  Ce qui n’étonne guère les connaisseurs de la France charbonnière car ils savent que le  Calvados, sous l’Ancien régime déjà, remontait  la houille. À l’emplacement de la Fosse Frandemiche, exploitée de 1759 à 1864, le musée de la mine de charbon de Littry est l’un des plus anciens musées français d’histoire des techniques. Inauguré en 1907, il est également le premier consacré à une mine. 

En Vendée, le charbon a été exploité de 1827 à 1958. Lieu de mémoire et de rayonnement de la culture technique et industrielle, le Centre minier de Faymoreau peut s’enorgueillir d’une création réalisée par l'artiste Carmelo Zagari, un fils de mineur de Saint-Etienne. Œuvre puissante et originale, qui a fait l’objet d’une commande publique du ministère de la Culture. Elle a une dimension nationale et subjugue les  visiteurs de la chapelle construite en son temps par la "Société des Mines"  au cœur du village. Elle est  ornée depuis 2001, d'un ensemble de dix-neuf vitraux qui mêlent  figures, couleurs et spiritualité.
 

À Liévin comme à Faymoreau, le chef-d’œuvre du nouveau millénaire est un antidote à l’oubli, un pur hommage aux mineurs de fond. Sans arrière-pensée.



Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur








Publié le 14 mai 2012 - mis à jour le 8 janvier 2014
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- Toute information de nature à compléter ce rapide survol est bienvenue. Contact : sylvain.post@orange.fr 
- En savoir plus sur les vitraux de l'église Saint-Amé, à Liévin (Pas-de-Calais)
- En savoir plus sur le vitrail au XXe siècle


 

Belgique : à Charleroi aussi...

Vitrail de la faculté polytechnique de Mons, d'après les dessins d'Anto Carte (photo dr).

Sarre : les vitraux de la Caisse d'assurance retraite de Sarrebruck




mardi 11 novembre 2014

CULTURE INDUSTRIELLE

11/11/2014 - Une machine d'exception vient d'être préservée de la casse au musée
de la mine de Petite-Rosselle, au cours de la semaine du 3 au 9 novembre 2014.
La suspension de la décision de détruire une machine d'extraction
à vapeur à la veille de son centenaire, a été prise à la suite des
réactions provoquées par l'entrée en lice des ferrailleurs.
La rediffusion de l'article "De chevaux en chevalements", mis en ligne
pour la première fois le 26 août 2012, paraît opportune dans ce contexte. 

Lire à la suite du premier article
 


De chevaux en chevalements


Disparus de la statistique de l'industrie minérale en 1870, les manèges actionnés par les chevaux pour remonter le charbon et assurer l'exhaure ont été remplacés par les machines d'extraction. Itinéraire, du cheval-crottin au cheval-vapeur...




 


Machine d'extraction à vapeur du puits Gustav II à la mine de Velsen / Grande-Rosselle, Sarre :
vue sur un des deux pistons et la poulie Koepe. Accessible au public.
© Sébastien Berrut – reproduction interdite sans autorisation 



Si, par une pirouette de l’histoire, l’exploitation charbonnière devait reprendre en France alors que l’établissement public Charbonnages de France est dissout, cette reprise serait d’initiative privée et se situerait dans la Nièvre. Le projet visant à valoriser le gisement de Lucenay-lès-Aix et Cossaye, avec des réserves estimées à 250 millions de tonnes dont 60 millions de tonnes économiquement exploitables, était prêt, stoppé par une forte opposition locale relayée par une réponse négative de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie au sein du gouvernement  de François Fillon II.

Le projet comprenait  la construction d’une centrale thermique utilisant les techniques du “charbon propre”, appelée à produire entre 500 et 1 000 mégawatts d’électricité par an en brûlant 2 millions de tonnes de houille. Finalement, le charbon restera sous terre. Après quatre années de procédure et d’agitation, les actionnaires de la Société d’exploitation des ressources énergétiques du Nivernais ont jeté l’éponge. Une façon de prendre acte de la décision de rejet du ministre de l’Ecologie annoncée en plein sommet de Copenhague à la fin du mois de décembre 2009. Mais, sait-on jamais, sous l'effet de la tension enregistrée sur le marché des matières premières …

Le pied-de-nez serait d’autant plus appuyé que l’ancêtre de la machine d’extraction a vu le jour dans la Nièvre. En effet, la commune de La Machine doit son nom au baritel, une
machine servant à extraire le charbon, qui y fut installée en 1670. Il s'agissait d'un système de treuils mus par des chevaux, un manège en bois. Les mineurs disaient : «-On va à la machine...-», d'où le nom donné à cette bourgade d'environ 3 800 habitants aujourd'hui. La Machine reçut le statut de commune peu après la Révolution.

«
-L’histoire, pourtant, n’aurait pas été la même sans Louis XIV. Le Roi Soleil avait enjoint à Louvois de consulter les savants pour que l’eau de la Seine puisse remonter la colline de Marly et arriver au château de Versailles. Il s’ensuivit un concours et c’est ainsi que le plus célèbre des ingénieurs de Wallonie de l’époque, Rennequin Sualem (1645-1708), remporta le premier appel d’offres international de l’histoire. Rennequin et Paul Sualem, avec leur beau-frère Gilles Lambotte,  créèrent une puissante machine élévatoire, la fameuse machine de Marly qui assura l’hydraulique somptuaire des fontaines de Versailles et l’eau courante des royales baignoires-».

«
-Après Marly, le ministre de Louis XIV envoya Rennequin Sualem dans la région de Nevers qui disposait d’un gisement houiller en attente d’être exploité. Les ingénieurs belges y construisirent des baritels en 1670 et, en 1689, des machines d'exhaure dans les mines de Decize. Cousin de Rennequin, Daniel Michel associé aux activités de son père, se lança ainsi dans l'exploitation charbonnière dans le Sud Nivernais et dirigea les travaux jusqu'à sa mort, en 1693. Cent ans plus tard, neuf puits de deux à trois cents pieds de profondeur étaient desservis par ces machines à molettes mues par 60 chevaux qui épaulaient le travail de 400 hommes-» [extraits du livre “Les chevaux de mine retrouvés”, S. Post, 2007].

La percée des ingénieurs belges en France est le témoignage d’une évidente avance technique. Leur réputation s’était forgée sur les berges de la Meuse impétueuse. Maçons et terrassiers avaient appris à estimer les pentes et les chutes, à construire écluses, bassins de retenue, brise-glace et dispositifs d'arrêt des matériaux charriés par le courant. Pour transformer l'énergie hydraulique en travail à partir d’une machinerie en bois, des charpentiers avaient installé des roues, des pignons démultipliant le mouvement ou le renvoyant à angle droit, et des arbres à cames pour transformer le mouvement alternatif en mouvement rotatif. La présence de nombreux gîtes métallifères dans la vallée de la Meuse (blende, pyrite, galène, schistes alunifères…) et le charbon exploité depuis le XIIe siècle, sinon plus tôt, avaient fait des mineurs belges des précurseurs.




Illustration extraite du livre “La vie souterraine”
de Louis Simonin, 1867

 

L’extraction par puits et machines à molettes était générale au XVIIIe siècle dans les régions minières de l’époque, en France. Les molettes étaient en fonte ou formées de voussoirs en bois serrés par deux plaques de tôle boulonnées. Les châssis des molettes reposaient sur des traverses horizontales assemblées avec les montants et arc-boutés par des bras de force. L’assemblage comportait l’arbre vertical du tambour.
 
L’antique machine à molettes, encore majoritaire dans tous les bassins miniers vers 1820, aura tendance à disparaître rapidement au profit des machines à vapeur de rotation. La statistique de l’industrie minérale française n’en fera plus état à partir de 1870 [L’évolution technique des houillères françaises et belges 1800-1880”, Thierry Veyron , Ed. L’Harmattan, 1999].

Les chevalements métalliques avec leurs grandes molettes ponctuent, à présent, la ligne d’horizon de tous les pays miniers. Dans le bassin houiller de Lorraine, cinquante-huit puits sont foncés et autant de chevalements construits. Il en restait moins de la moitié à quelques années de la fin programmée des HBL. Une petite dizaine ont été classés ou inscrits. Cette évolution donne toute son importance au livre “Les chevalements de Lorraine” [ P-C Guiollard, T. Janssen, T. Klassen, J-C Rohr, J. Urek, Ed. P-C Guiollard, 2001]. 




Réminiscences


 La vue des molettes en mouvement m’a toujours inspiré un sentiment assez indéfinissable, entre l’effroi et la fascination. J’entendais mon père et mes oncles dire «-Glück Auf-!-»… À tout homme qui descendait dans la mine l’ouvrier adressait ce salut du métier qui pourrait se traduire par «-Bonne remonte-!-». Comme pour conjurer la mort.

Pierre Hamp, dans son livre des années trente sur les mineurs dit quelque chose de terrible :  «
-Le public ne s’émeut que si les cadavres sont nombreux le même jour. Six mineurs tués chaque semaine, 310 au total pour l’année sur l’effectif de 307 480, cela ne trouble pas l’opinion. Il faut dix morts à la fois, au même lieu, pour qu’on achète les journaux du soir-».
 
Le 26 mars 1925, à Merlebach, le bassin houiller est affecté par une catastrophe. Au puits Reumaux, trois mois après sa mise en service, une défaillance provoque la chute de la cage contenant 79 hommes en deux planchers et entraîne dans la mort 56 d’entre eux.

L’application la plus assidue à éviter les accidents empêchera par la suite qu’un tel cauchemar ne se reproduise.

Combien de fois ai-je relu Pierre Hamp pour revivre dans ma tête les quelques occasions qui me furent offertes de prendre la cordée avec les mineurs, dans le cadre de ma profession ?  [“La France travaille – Les mineurs”, Ed. Horizons de France, 1932 ; “Gueules noires”, Gallimard, 1938] :

«
-Au jour, le machiniste d’extraction commande le mouvement dans le puits. C’est un train vertical, marchandises et voyageurs. Les bennes du combustible circulent à soixante-dix kilomètres à l’heure au milieu de la course. La cage des hommes ne doit pas dépasser dix mètres à la seconde, cela fait trente secondes pour la hauteur de la Tour Eiffel, une minute et demie pour atteindre le fond d’un puits de 900 mètres. Aux accidents d’explosion, il faut ajouter ceux du transport. Les repères mesurés sur le déroulement du câble, indiquent au machiniste la hauteur de la cage dans le cuvelage. Il la dépose à l’endroit exact avec la même justesse délicate que pour placer un verre de cristal sur une table-»...
 
Un des actes les plus critiquables de l’opération table-rase en Lorraine a été le dynamitage, en 1990, des chevalements de Faulquemont dessinés par le célèbre architecte industriel Léon Joseph Madeline. Ont également mordu la poussière, les machines d’extraction et, à l’arrière des deux puits, le bâtiment des chaudières qui produisaient la vapeur à 39 kg/cm2 pour les groupes turbo-alternateurs d’une centrale électrique édifiée dans l’architecture représentative de l’entre-deux-guerres.

Pour revivre tant soit peu l’ambiance d’une descente, la reconstitution du fond à faible profondeur au musée de Petite-Rosselle répond aux attentes. Au contraire, on reste les bras ballants devant le sort réservé par les voleurs de métaux aux machines d’extraction de l'espace muséographique du carreau Wendel.

Si une visite d’une machine d’extraction intacte vous tente, il suffit de passer le pont : allez à la mine de Velsen, à Grande-Rosselle/Sarre. Les vétérans y attendent le public chaque week-end, une main sur le cœur, l’autre sur le pupitre de commande.


Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur






Dessin extrait de l'Encyclopédie Quillet, 1937. Cliquer sur l'image pour l'agrandir




Machine d'extraction en service à partir de 1900, à Ronchamp (Haute-Saône)




Machine d'extraction de la fosse de Condé-sur-l'Escaut (Nord), en 1953 © Autrot


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Une machine d'exception échappe à la casse



Le 30 octobre 2014, un courriel diffusé par une association sarroise de protection du patrimoine minier, dénonce comme un scandale le projet de mise à la ferraille d'une machine d'extraction du musée de Petite-Rosselle. Il est envoyé aux sociétés d'anciens mineurs du bassin houiller lorrain, alors qu’aucune information concernant ce projet ne filtre côté français.

Le 9 novembre 2014, retournement de situation. Les ferrailleurs, à pied d’œuvre depuis le 3 novembre au musée de Petite-Rosselle, ont pour consigne de ne pas s’attaquer à la machine d’extraction de Klarenthal dont le découpage avait été planifié, selon une source proche de l’opérateur. Ce revirement fait suite à l’émoi suscité par le projet de destruction de ce système datant de 1915, qui fonctionnait à la vapeur, en Sarre, au puits Calmelet du nom d’un ingénieur français de l’ère napoléonienne.

Après la décision d'ajourner la destruction de cette machine d’exception, aucune déclaration publique n’a été faite ni côté français, ni côté allemand. On peut toutefois tirer un enseignement de cet étrange "huis clos" qui révèle que les décisions envisageables pour mettre en valeur un tel équipement investi d’une forte symbolique – le machiniste actionnait le mouvement des cages, assurait la descente et la remontée des hommes, et la sortie de la production – se caractérise en réalité par une incapacité à dégager une action pertinente visant leur conservation. Sur les quatre machines d’extraction en place sur les carreaux Wendel-Vuillemin, aucune n’est accessible au public.

Si les machines d’extraction figurent «
au rang des inventions majeures mises au service du formidable essor de l’industrie minière des XIXe et XXe siècles » comme le souligne dans une étude la chercheure du CNRS Chip Buchheit, elles constituent un patrimoine méconnu et «-insuffisamment considéré
-».

Pourtant, étudiées en tant qu’objets techniques à part entière – composés d’un bâti, d’un moteur, d’un organe d’enroulement guidant le ou les câbles, d’un poste de conduite assurant l’inversion de la marche, de puissants dispositifs de freinage et de plusieurs instruments contrôlant les cordées – les machines d’extraction témo
ignent des grandes étapes de leur évolution technique.

Les équipements établis en Moselle présentent un intérêt particulier du fait du demi-siècle que dura l’annexion allemande (1870-1918), car s’y retrouve, selon Chip Buchheit «
la compétition à laquelle se sont livrés, entre 1902 et 1950, les tenants de l’extraction à vapeur et les promoteurs de l’extraction électrique ».

Les mines de l’ancien Reichsland d’Alsace-Moselle y ont tour à tour connu l’engouement initial des exploitants allemands pour les machines électriques, entre 1902 et 1918, avant de partager l’option "tout électrique" adoptée par les exploitants français au lendemain de l’armistice.

Cette alternance des souverainetés explique pourquoi les machines d’extraction électriques les plus anciennes de France se retrouvent aujourd’hui en Moselle et en Alsace, sur le carreau des puits Simon 1 et 2, à Forbach (machines d’extraction datant de 1908 et 1913) et, dans les mines de potasse d’Alsace, au puits Rodolphe 1 de Pulversheim (machine de 1913). Ces équipements doivent être regardés comme un héritage précieux des années allemandes » écrivait en 2007 la scientifique du CNRS.

Sur 15 systèmes d’extraction représentatifs dans le bassin houiller lorrain, 4 remarquables étaient réputés "protégés" en 1998,
selon Chip Buchheit. L'un des quatre (Cuvelette Sud) a pourtant disparu incognito. Il a été fait table rase également de ceux de Reumaux, Vouters, La Houve, De Vernejoul, Marienau… Qui en répond ? Les tenants de la culture scientifique, technique et industrielle sont aujourd’hui ultra-minoritaires face aux muséographes patentés et aux décideurs publics soucieux de réussir avant tout la reconversion des friches industrielles.


 
LES LIMITES DE LA MUSÉOGRAPHIE

 

«
Il n’y aura pas plus de muséographie qu’aujourd’hui à la mine Wendel » a averti le syndicat mixte en charge de la gestion du musée. Ce dernier a atteint un plafond, en termes de dépenses de fonctionnement, selon des déclarations reprises par le journal La Semaine du 19 avril 2014. Le nombre de visiteurs a dépassé 40 000 entrées annuelles, mais le pari culturel devrait s’arrêter là, au profit d’autres pistes plus ambitieuses. Ainsi, un projet dévoilé cette année, décrit ce que pourrait devenir cet ancien espace industriel de 150 hectares, dans vingt ans. Le scénario le plus structurant prévoit la création d’un vaste pôle multi-usage où se côtoieraient des laboratoires de recherche scientifique, de l’hôtellerie, un restaurant, des vastes espaces verts style floralies.

L’idée d’un tel réaménagement repose sur un constat flagrant, visible par chaque visiteur du musée-: aujourd’hui, seuls trois bâtiments sur 22 sont utilisés pour accueillir le public et certains sont en mauvais état. L’objectif est d’implanter des activités nouvelles pour le public le plus large, et de faire en sorte que ces activités drainent un public qui n’a pas pour intention première de venir sur le site pour y découvrir le musée, mais qui y viendrait pour des activités humaines, sociales, économiques et culturelles normales. Une extension de la ville en quelque sorte. « Tout cela combiné doit donner vie au site et garantir la pérennité des bâtiments en place, pour que l’un justifie l’autre
».
 

Ceci nous éloigne des machines d’extraction et engagerait à croire, sans doute à tort, que la destruction de celle de Klarenthal de 1915 visait à faire de la place et un peu de trésorerie.

« Dûment recensées et documentées dans le cadre d’études thématiques, la trentaine de machines d’extraction étudiées [en Moselle et en Alsace] constituaient bien une collection technique d’exception, non seulement pour les spécificités techniques remarquables qu’elles pouvaient présenter, mais aussi parce que tributaires d’une activité réputée définitivement révolue. En aucun lieu on n’a pourtant vu de machine d’extraction sauvegardée pour son seul intérêt » observait Chip Buchheit en 2007. C’est encore plus vrai aujourd’hui.


S.P.




Publié le 11 novembre 2014 


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Un sursis de quelques mois



L’ajournement du ferraillage de la machine d’extraction à vapeur Dingler de 1915 dans l’enceinte du musée de la mine, à Petite-Rosselle, a été confirmé par les dirigeants de l’établissement.

« Nous nous doutions que le ferraillage de cette pièce allait susciter un tollé côté sarrois. Nous avons donc décidé de suspendre sa destruction et entamé des démarches pour la céder, gratuitement, à des associations ou des sites en Sarre. Le problème : c’est que nous n’avons, à ce jour, reçu aucune réponse. Personne n’en veut (…) » a déclaré le président du musée de la mine au Républicain lorrain (éd. du 19/11/2014). Il s’est donné jusqu’au printemps pour trouver un repreneur. Après, « on verra ».

Côté français, aucune association de mineurs ne s’est prononcée publiquement sur le sort de cette machine. Proche du musée, le président de leur fédération s’est également abstenu d’intervenir dans le débat.

Reste un grand absent : le conseil scientifique du musée. Ses principaux représentants avaient eu le projet de présenter sur le carreau Wendel,
il y a quelques années, les différents types de machines d’extraction ayant fonctionné dans le bassin houiller de Lorraine. Ils s’étaient rendus en Sarre pour demander aux Allemands de céder au musée de Petite-Rosselle la Dingler, qui devait trouver sa place à côté de la machine du puits Wendel 2.

Le principe était de présenter une gamme de machines témoignant de leur évolution technologique, afin d’expliquer au public le fonctionnement d’un siège à différentes époques de l’histoire du charbon.

La machine a fait l’objet d’un début de restauration dans le cadre d’un chantier d’insertion. Sa mise en valeur a été abandonnée au gré des changements de direction du musée. Situation irréversible ou pas ? Il sera intéressant de voir si la direction des Affaires culturelles de Lorraine décide d'intervenir. 



 Publié le 20 novembre 2014




La machine d'extraction préservée est la soeur jumelle
de celle présentée à Velsen-Grande-Rosselle/Sarre.




Valorisée par une carte postale ancienne : une machine d'extraction du puits V à Merlebach, fabriquée par l'Allemand Thyssen. Cette machine a disparu. Il a été fait table-rase du bâtiment, préalablement vidé de sa machine de nouvelle génération.
Collection Serge Kottmann



Machine du puits Freyming, également livrée aux ferrailleurs dans le passé.
Collection Serge Kottmann




27/04/2011 | Machine d'extraction (poulie Koepe) du puits Wendel 2, à Petite-Rosselle (Moselle)
 A gauche les instruments pour le machiniste (indicateur de profondeur, tachymètre...)
Le public aura-t-il accès un jour à cette salle des machines et aux trois autres du
site muséographique de Petite-Rosselle ?
Photo Sébastien Berrut- reproduction interdite sans autorisation écrite



La machine d'extraction de Cuvelette Sud, pourtant "protégée", a disparu.
 Photo Serge Kottmann

Publié le 11 novembre 2014