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dimanche 26 octobre 2014

DRÔLE D’ÉPOQUE

Halloween a trucidé la nuit des Défunts


Je ne prétends pas me livrer à une performance narrative, mais simplement à me démarquer d’Halloween en rappelant la nuit des betteraves perpétuée il y a quelques décennies en Moselle, dans le respect de l’esprit d’origine.




Faites appel à vos souvenirs. Avez-vous, comme je l’ai fait en Moselle quand j’étais gamin, creusé une betterave pour en faire une "tête de mort" éclairée d’une bougie placée à l’intérieur, pour la nuit du 31 octobre au 1er novembre ?

Avec un petit voisin nous faisions les choses sereinement, autorisés à nous rendre dans une parcelle de cultures fourragères pour y prélever chacun un exemplaire de beau calibre, sans que l’agriculteur ne nous accuse de vol. Les bougies et les allumettes étaient fournies avec leur mode d’emploi, autrement dit avec toutes les recommandations.


Le but était d’envoyer un signal à nos chers défunts à la veille de la Toussaint suivie du Jour des Trépassés, deux fêtes en une dont les racines remontent à l’époque des Celtes anciens. Les moines irlandais qui ont mis par écrit les coutumes celtiques, à partir du VIIIe siècle, ont précisé que le jour de Samain est (selon notre calendrier moderne) le 1er novembre. La fête elle-même durait en fait une semaine pleine, trois jours avant, et trois jours après.

Pour les Celtes, cette période était une parenthèse dans l’année : elle n’appartenait ni à celle qui s’achevait ni à celle qui allait commencer ; c’était une durée autonome, hors du temps, «-un intervalle de non-temps
-» [Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ 2009]. C’est le passage de la saison claire à la saison sombre, qui marque une rupture dans la vie quotidienne : la fin des conquêtes et des rafles pour les guerriers et la fin des travaux agraires pour les agriculteurs-éleveurs, par exemple.

Quarante jours après l’équinoxe d’automne, cette fête marquait bien «
-le véritable instant du début du cycle végétal et de la nouvelle année-» souligne le journaliste breton Philippe Argouarch, sur son blog. Le 31 octobre, on célébrait l’année défunte et, par extension, on célébrait les morts de la famille et du clan.

Symboliquement, tous les feux étaient éteints. «
-On mettait juste une veilleuse pour indiquer aux morts comment retrouver leurs familles. A cette période de l’année nos ancêtres croyaient la rencontre des deux mondes possible-» note encore Philippe Argouarch, qui précise que la tradition de la bougie a survécu en Bretagne ‒ tout comme en Lorraine ‒ avec des betteraves.


L’impératif commercial

 

Il est très compliqué pour moi de voir un lien entre les croyances celtiques, un ensemble de rites qui formaient une religion, et la mascarade d’Halloween qui entend perpétuer les rites druidiques supplantés par la Toussaint dans toute la chrétienté au VIIIe siècle par le pape Grégoire III pour en finir avec les fêtes païennes.

Quel rapport, en effet, entre le sens primitif  de la fête du 1er novembre et les cortèges d’enfants déguisés, souvent dans l’intention de se faire peur  et qui menacent en sonnant chez vous : «-Des bonbons ou nous vous jetons un sort…
-»-? Drolatique. Mais parfois affligeant, lorsque le geste prend la forme d’une mendicité au porte-à-porte : «-Un euro pour manger, s'il vous plaît...-», avec un accent ethnico-culturel bien marqué. Mais il est probable que ce phénomène ne soit pas aussi caricaturalement répandu qu’on s’est complu à me le répéter. Signe, tout de même, d’une exaspération là où les incivilités et le ras-le-bol gagnent du terrain.

Cette année, sur la frontière franco-allemande, une mine-image dévoile son programme : «-Venez déguisés, en famille ou avec vos amis, nous rejoindre nombreux dans l’univers obscur des galeries qui cette nuit-là seront hantées par des fantômes et habitées par des créatures monstrueuses et effrayantes. Araignées, cafards, serpents et autres créatures répugnantes. Frissons garantis, âmes sensibles s’abstenir
-».

Dans le commerce, les étals ne sont pas en reste. Ce sont les circonstances qui déterminent l’offre. Les mêmes seront envahis par les pétards et cotillons pour la Saint-Sylvestre. En attendant, les affiches aux citrouilles grimaçantes fleurissent, avec leur typographie dégoulinante à la manière d’un film d’horreur. On est loin des préoccupations métaphysiques de nos ancêtres. Je trouve l’opinion d’une indulgence incroyable vis-à-vis de cette mascarade. Si vous ne l’êtes pas, vous n’êtes pas à la mode.

 

Clowns maléfiques

 

Ceux qui me traiteraient de pisse-vinaigre, ajouteraient sans doute qu’il faut bien s’amuser. Comme se sont amusés de terrifiants clowns dans les rues du Nord de la France, semant la panique aux abords des écoles. C’était il  y a quelques semaines. A Douai, la police a été saisie de plusieurs plaintes, notamment d’une collégienne affirmant «-avoir été poursuivie par un clown munie d’une arme blanche-», a relaté La Voix du Nord. Des policiers qui, tout en restant vigilants, ne savent pas s’ils doivent prendre le phénomène au sérieux.

Car il s’agit d’un phénomène puisque des faits se sont répétés à Arras, relayés par Twitter et Facebook,  puis à Douvrin, où un jeune de 19 ans, déguisés en clown, s’est amusé à effrayer des ados. Coursé par un patron de friterie, le jeune homme est finalement retrouvé à son domicile. Il se montre alors menaçant et brandit un pistolet tirant du gaz lacrymogène. Pour « impressionner » le clown, le patron de la friterie sort un pistolet, chargé cette fois-ci avec des balles en caoutchouc. Le ton monte jusqu’à ce que la police finisse par intervenir.

Auditionné, le patron de la friterie a écopé d’une amende pour port d’arme prohibée. Quant au clown, il a été jugé par le tribunal correctionnel de Béthune en comparution immédiate. Il  a écopé de six mois de prison avec sursis. Un clown maléfique infiltré dans l’enchevêtrement compulsif d’un cortège d’Halloween pour faire un mauvais coup… Des scénaristes de polars ont probablement pensé à ce script délirant susceptible de rebondir sur les angoisses collectives et les convulsions de notre époque.

En Russie, la fête d
Halloween vient dêtre interdite. Daprès l'agence Reuters, les autorités civiles de Moscou ont demandé aux enfants et à leur parents de ne pas célébrer Halloween car «-ce serait dangereux pour la santé psychologique et pas en accord avec les buts de l'éducation-». L’Église orthodoxe a approuvé.

Sur ce
et sans verser dans le néodruidisme bonne année celte ! 

 
Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur







mercredi 10 septembre 2014

CENTENAIRE DE 1914-1918

Comment les houillères de Lorraine ont
continué de produire au cœur du conflit


Éloignés des zones de combats de la Grande Guerre, les sièges d’extraction de Lorraine n’ont pas été dévastés par les bombes. Les mines, maintenues en activité sous la dictature militaire allemande, ont produit 12 millions de tonnes de charbon. Robert Mourer, ancien leader syndical CFTC et auteur de livres, en particulier sur l’histoire du mouvement ouvrier, retrace ces années noires.





- Depuis deux générations, la Moselle était allemande lorsque la Première Guerre mondiale éclata. Dix-huit puits de mine – parmi les plus importants – avaient été foncés entre 1872 et 1909, alimentant notamment  l’effort de guerre du complexe militaro-industriel prussien. Lorsque la loi martiale fut imposée à l’Alsace-Moselle en 1914, qu’est-ce qui changea pour les mineurs de charbon ? On sait que 380.000 Mosellans et Alsaciens furent envoyés, pour la plupart, sur le front russe par Berlin. Comment les mines de charbon mosellanes parvinrent-elles à maintenir leur activité durant le conflit ?


- Robert Mourer : Le rappel de la première annexion de la Moselle à l’Allemagne me paraît indispensable, en effet. Après 1870, dans nos régions frontalières,  le monde du travail fut marqué par les traditions du mouvement ouvrier allemand dans lequel il se développa ainsi que par la législation allemande. L’histoire des mineurs de charbon lorrains et l'évolution sociale fut souvent très mouvementée dans ce contexte particulier. La déclaration  de Pierre Moinaux en dit long sur la portée et la compréhension de l'histoire : «-En fait, aucune étude sur l'Alsace et la Lorraine ne devrait paraître qu'accompagnée d'un croquis schématique illustrant bien la situation géographique de ces pays avec frontière d'annexion et zone linguistique. Sinon, tout est sujet à malentendus-».

À la veille de la guerre de 1870, l’industrie minière était en pleine croissance dans le département de la Moselle. Les recherches de houille, stimulées par le voisinage du fer, avaient poussé les puits d’extraction jusqu’aux environs de Saint-Avold. Quoique l’exploitation ne fût encore qu’à ses débuts, déjà 2.400 ouvriers travaillaient à Petite-Rosselle, L’Hôpital et Carling au sein des trois principales sociétés.  En 1902, le bassin houiller lorrain disposait de 16 puits, 70 machines à vapeur et utilisait 227 chevaux.  Le fonçage des 18 puits de mines entre 1872 et 1909, illustre l’effort de développement de la production entrepris avant le déclenchement de la Grande Guerre.





Le puits Vuillemin à Petite-Rosselle (Moselle), quatre ans avant le déclenchement de la Grande Guerre.
On notera le "Vais bien. Salut cordial !" en français, sous l'en-tête Klein-Rosseln in Lothringen,

le nom Petite-Rosselle sous l'Annexion. 
Crédit photo : Coll. Marcel Gangloff


À l’examen des conditions économiques, sociales et syndicales de l’époque, on comprend mieux le contexte très particulier dans lequel vécurent pendant un demi-siècle nos provinces coincées, comme elles le furent, entre deux législations radicalement différentes et partiellement inappliquées. Le mouvement ouvrier dans les mines de charbon lorrain, dans cette situation «-entre deux chaises-», subit des répercussions sociales dommageables au regard des autres régions minières de l’Empire allemand.

Après l'annexion, le droit de réunion continua d'être régi par la loi française du 6 juin 1868, interdisant les rassemblements en plein air et l’organisation de cortèges publics. Les autorités devaient être préalablement saisies de tout projet de réunion, qu'il soit d'ordre religieux ou politique.  La répression était de règle pour empêcher tout mouvement ouvrier associatif. En 1874, le conseil de guerre de Strasbourg condamna neuf ouvriers mineurs de Petite-Rosselle à des peines privatives de liberté. La compétence de la juridiction militaire perdurera jusqu'en 1881.

La loi du 14 juillet 1905 sur les délégations ouvrières, applicable dans les mines allemandes, y compris les mines sarroises, laissa les entreprises minières d'Alsace-Lorraine durant plusieurs années  hors de son champ d'application. La situation fut ressentie par les mineurs lorrains comme une injustice flagrante. Les délégations ouvrières subirent toutes sortes de chicaneries. Le journal des syndicats chrétiens "Der Bergknappe" faisait état d’un genre de "terrorisme" comparable à celui que l'on observait habituellement à l'occasion des campagnes d'élections politiques. Plus grave encore était le fait que les élections se déroulaient dans l’enceinte de la mine sous l’œil vigilant des représentants de la direction.

La Grande Guerre fut un ouragan sur le paysage lorrain. Les longues années d’inquiétude et d’appréhension devant les risques d’un embrasement mondial, pesèrent comme un cauchemar (Alpdruck) sur l’industrie en général et les houillères en particulier. La pénurie de charbon et de coke qui apparut aussitôt, fut essentiellement provoquée par l’absence de matériel de transport ferroviaire. Ces difficultés, ajoutées au manque cruel de main-d’œuvre, empêchèrent l’industrie d
atteindre ses objectifs.

Le manque de personnel, la défection d’un matériel roulant indispensable, les difficultés techniques multiples, perturbèrent fortement la marche des chantiers d’abattage du fond. En ce début du conflit mondial, le syndicalisme en Alsace-Moselle était, tous syndicats confondus, relativement faible en comparaison des puissantes organisations ouvrières allemandes. Tout au long du conflit mondial, les syndicats durent restreindre fortement leur champ d’activités, veillant surtout à la sauvegarde des avantages acquis.

Le lundi 3 août 1914, la presse régionale publia l’ordre de la mobilisation générale signé par le général-commandant du 21e Corps d’Armée allemand, fixant la première journée d’appel sous les drapeaux au 2 août 1914.

Par un avis à la population mosellane diffusé le 14 août 1914, le préfet de Metz somma les entreprises de la région de maintenir leur activité coûte que coûte, malgré les départs massifs de personnel pour l'armée. Les autorités communales, les bureaux d’emploi et de travail  doivent alors recenser tous les personnels non soumis aux obligations militaires afin de les utiliser comme force de travail dans les entreprises qui manquent d’effectifs. La population du bassin houiller lorrain connaîtra ses premières vicissitudes lorsque dans la nuit du lundi 10 août, un avion français lâcha huit bombes sur la gare de L’Hôpital.

La guerre va imposer à la Lorraine l’état de siège et la dictature militaire. Les autorités civiles et militaires appliquèrent dès le 1er août 1914, les mesures prévues en cas de guerre : suspension des libertés individuelles, des droits de réunion et d’association, de la liberté de presse. La population urbaine souffrit beaucoup de la hausse des prix et des restrictions ; dans les campagnes repliées sur l’autosuffisance, les livraisons obligatoires, les réquisitions des troupes de passage, les contrôles vexatoires engendrèrent un mécontentement latent.


Sous la férule militaire



Dès le mois de juillet 1914, le ministère d’Alsace-Lorraine diffusa, sur décision impériale de la région militaire du 21e corps d’Armée la proclamation suivante : «-Le pouvoir exécutif sera dorénavant placé sous mon autorité-».   Le 31 juillet 1914, le commandant général du 21e corps d’Armée décréta l’interdiction des rassemblements en plein air. Les réunions en salle nécessitèrent une autorisation préalable spéciale du préfet (Landrat) ou du directeur d’arrondissement (Kreisdirektor), du directeur de la police et du  commandant de la place.

Les conditions de vie se dégradèrent au fur et à mesures des restrictions imposées à la population durant ces années noires : baisse de la production des biens de consommation, accroissement de la durée du travail, hausse des prix. Les syndicats durent fréquemment faire des démarches  pour obtenir des sursis d’appel, des retours au foyer, des réquisitions sur place afin de garantir aux populations le minimum de services indispensables à la vie quotidienne. Pour lutter contre la vie chère, on constitua des sociétés municipales qui vendent à prix coûtant.

Face à la situation préoccupante, le syndicat dut faire face à de nombreuses contraintes et suppléer au manque d’encadrement syndical. L'influence des exploitants se trouva renforcée, aussi paradoxal que cela puisse paraître : l
ouvrier récalcitrant était menacé d’un rappel immédiat dans larmée; les employeurs firent largement usage de la menace «-d'un retour à la tranchée-».  Soumis à des normes de rendement inaccessibles, les travailleurs, pour s’en sortir et pour atteindre un minimum de gain, devaient effectuer de nombreux, de trop nombreux postes de travail supplémentaires. Il n’était pas rare que des mineurs effectuent jusqu’à 35 postes en un mois.

Le personnel travaillant à la tâche devait payer lui-même le matériel en explosifs qu’il utilisait lors des tirs pour l’abattage du charbon. Par ailleurs, les exploitants usèrent de la liberté que leur laissait le législateur pour imposer au personnel des retenues de salaires pour l'achat des outils de travail utilisés au fond de la mine.
 

Dans un appel commun diffusé en 1916, les dirigeants syndicaux demandèrent aux travailleurs de «-renoncer à toute action inconsidérée pour ne pas s’exposer à des représailles-». Leur tentation de passer outre était grande, les difficiles conditions de vie et de travail, la rigueur des lois militaires ne faisant qu'accentuer leur mécontentement.


- De fait, les mineurs lorrains se virent confisquer leur destin. Il y eut des résistances, avec comme corollaire la répression. Comment peut-on résumer la situation ?

Robert Mourer : Dès le début des hostilités le ministère de la Guerre se méfia de l’attitude des jeunes soldats alsaciens-lorrains envers l’Allemagne. On s’inquiéta de leur éventuelle désertion. Pour y remédier, les autorités militaires adressèrent des circulaires secrètes aux différents corps d’armée. À la suite de nombreuses manifestations de tendance antiallemande constatées chez les Alsaciens-Mosellans, on projeta de transférer tous les militaires alsaciens-lorrains vers l’intérieur de l’Allemagne ou vers le front oriental.

Au moment du déclenchement des hostilités, de nombreux adhérents et militants syndicaux furent enrôlés de force dans l’armée allemande, considérés contre leur gré comme ressortissant d’un pays d’Empire (Das Reichsland Elsass-Lothringen), ils seront dirigés sur le terrain des opérations militaires. L’occupant n’ignorait pas que, malgré un demi-siècle d'annexion, l’espoir d’un retour à la "mère-patrie" restait vivace dans la population.

De nombreux événements illustrèrent la mentalité de nos compatriotes. Dans la localité minière de Spicheren, vingt-cinq jeunes conscrits dont plusieurs travaillaient aux mines de Petite-Rosselle, manifestèrent leur opposition à l'occupant. Le 12 octobre 1916, ces jeunes gens furent traduits devant le tribunal militaire de Sarrebruck pour s’être parés, le jour de la conscription, de rubans tricolores tout en exhibant les couleurs françaises devant le magasin Schroeder à Forbach. La plupart de ces jeunes, le commerçant Schroeder et son épouse furent condamnés à quatre mois d’emprisonnement ferme.



- Le déménagement en zone française du directeur général des houillères de Petite-Rosselle, qui cherchait en même temps à conserver ses fonctions, a dû provoquer la colère des autorités…

Robert Mourer : Durant la période de tensions qui précéda le déclenchement des hostilités, les premiers signes d’émigration vers d’autres départements français se précisèrent en Lorraine, l'un des départs entraînant des changements dans la direction des mines. Le 1er janvier 1914, Guillaume Simon, directeur aux Houillères de Petite-Rosselle quitta la région pour prendre résidence à Nancy tout en conservant ses fonctions de directeur général. La conduite directe des travaux miniers fut assurée par Julien Prêcheur, directeur commercial et Léon Kremer, ingénieur diplômé, directeur technique. Ces bouleversements dans la structure de commandement des houillères firent l'objet d'un échange de correspondance entre le sous-préfet de Forbach et le préfet de la Moselle.

Les pouvoirs publics marquèrent leur irritation et désapprouvèrent le fait que le directeur général de la plus importante entreprise de la région avec plus de 9.000 ouvriers choisît d’habiter la France. Déjà dès le début de l’année 1912, en rapport avec la détérioration des relations franco-allemandes, on observa un durcissement très net des autorités allemandes.




Prisonniers russes et
main-d’œuvre féminine



- Des milliers de prisonniers russes arrivèrent en Moselle pour travailler dans les mines. On fit appel, également, à la main-d’œuvre féminine…

Robert Mourer :
La main-d’œuvre féminine fut fortement sollicitée : elle passa de 22 à 35 % des effectifs industriels entre 1913 et 1918. Le manque crucial de main-d’œuvre contraignit les autorités à faire appel aux prisonniers de guerre pour parer au plus urgent. Le rapport de 1914 sur l’activité minière de La Houve fit état de la situation alarmante créée à la suite de l’enrôlement dans l’armée de nombreux  employés et mineurs. La direction déplorait l’absence cruciale d’un personnel formé et qualifié, estimant que l’activité de la houillère pouvait à peine être maintenue.  La production, à l'image de l'hémorragie que connaissait le personnel, chuta de moitié. Ces effets régressifs furent les plus marquants durant les premiers mois de la mobilisation et de la déclaration de la guerre.

Dès le déclenchement des hostilités, le deuxième poste de production fut supprimé en raison du manque de personnel. Le nombre des ouvriers ne représentait plus que 60 % des effectifs de l'année précédente. Le personnel resté disponible pour l'activité minière était constitué surtout par des jeunes, par de très vieux ouvriers ou par des handicapés. La production de houille en 1915 représenta à peine la moitié de celle réalisée en 1913. De nombreuses familles  de mineurs belges vinrent habiter la région de Creutzwald.

L'année 1915 fut la plus difficile pour l’activité ouvrière. Le syndicalisme subit une véritable saignée. Le nombre des adhérents diminua de moitié.  Tous les hommes considérés comme valides partirent pour le front.

Le 1er juillet 1915, Les Petits-Fils de François de Wendel de Petite-Rosselle informèrent le commandement général du 21e Corps d’Armée à Sarrebruck que l'on privilégie pour le travail dans les services du fond, la venue de prisonniers maîtrisant la langue allemande. Une mission de recrutement visita en 1916, les stalags des 16e et 21e corps d’armée en Allemagne et rendit compte aux autorités du résultat de sonenquête. La commission recruta 2.880 prisonniers de guerre russes destinés au travail dans les mines d’Aix-la-Chapelle, de la Sarre et de Lorraine. Le commandement militaire allemand fit prioritairement recenser les prisonniers de guerre russes de profession minière.

En 1915, 3.000 prisonniers russes foulèrent le sol lorrain. Leur nombre fut porté à 6.800 en 1916. Les autorités militaires allemandes furent obligées de démobiliser 400 mineurs autochtones pour les encadrer. Mais en 1917, le rapport de gestion des houillères indiquera que la production charbonnière restait insuffisante,
malgré la venue des travailleurs belges et la mise au travail des prisonniers de guerre russes.

Le patronat minier le fit ouvertement savoir en adressant le 18 avril 1917, par l'intermédiaire de M. Flake, directeur des houillères de Sarre-et-Moselle, une lettre au sous-préfet de Forbach, se plaignant du mauvais rendement obtenu par ce personnel au travail dans les dressants de Merlebach.

Au jour, pour assurer le transport et le criblage du charbon, la houillère dut recourir à une embauche accrue de main-d’œuvre féminine.




Ouvrières au puits Saint-Charles, à Petite-Rosselle (Moselle).
Crédit photo : Coll. Marcel Gangloff



Ouvrières des Ateliers Gouvy, à Hombourg-Haut (Moselle), en 1916.
Crédit photo : Coll. Joseph Zeller



Hommes et femmes, jeunes et anciens travaillent en équipe dans la carrière Simon,
à Forbach, pour produire le sable  envoyé au fond de la mine
pour le remblayage hydraulique
Crédit photo : Coll. Marcel Gangloff



Cantonnement de prisonniers russes à
Stiring-Wendel (Moselle), entre 1914 et 1918.
 
Crédit photo : coll. famille du prisonnier Zalman-Eliokim Usdin


La direction se résigna à surseoir à toute nouvelle embauche de prisonniers de guerre. Mais la position patronale achoppa sur l'intransigeance des autorités militaires allemandes qui imposèrent une production charbonnière maximale en y payant le prix en hommes et en matériels. Le commandement militaire allemand réunit le 7 octobre de la même année, les maires des communes minières de Carling, L’Hôpital et Merlebach au café Burger, à Merlebach, pour discuter des modalités d’emploi des prisonniers russes dans les mines de charbon lorraines. Le 10 octobre 1917, le poste de garde de la gendarmerie de Carling fit état de 200 prisonniers russes, en cantonnement dans la salle du café Knepper, à Carling. Les intéressés étaient affectés à la construction des ateliers mécaniques entre Carling et la ligne de chemin de fer de Creutzwald. La centrale électrique recruta massivement une main-d'œuvre féminine, des hommes âgés et des apprentis.

À la fin de l’année 1917, la mine de La Houve déplora la disparition de 126 membres des effectifs, tombés sur les différents champs de bataille. Des mineurs retraités furent obligés d'assurer le relais pour la continuité du fonctionnement des sections syndicales locales. Certaines d’entre elles, presque entièrement décimées, perdirent jusqu’à 80 % de leurs adhérents après l’appel sous les drapeaux et l'exode massif de jeunes Lorrains vers des départements français. Les mesures drastiques des autorités entravèrent lourdement la liberté syndicale.

À compter du 1er janvier 1917, les cultivateurs n’étaient autorisés à garder sur leur récolte, et pour leur propre consommation, que 100 kilos et 70 livres de pommes de terre. Les autres consommateurs étaient rationnés à 100 kilos et 50 livres. Seuls les travailleurs reconnus comme travailleurs de force, comme les mineurs, pouvaient obtenir une attribution de pommes de terre supplémentaire. Le rationnement des produits alimentaires continua encore durant une longue période après l’Armistice.

Le rationnement, les réquisitions ne touchèrent pas seulement les denrées alimentaires, mais s’étendaient à une multitude de produits de nécessité courante d’origine industrielle. Entre 1914 et la fin des hostilités, l’administration militaire allemande n’eut de cesse de placarder dans les villes et villages les dispositions restrictives de toute nature qui s’accentuèrent au fur et à mesure que la guerre se prolongeait.

On assista ainsi au rationnement et à la confiscation des poils de bêtes, filasse, paille de chanvre, coton, fibre végétale, laine de la tonte des moutons, chutes de laine dans les tanneries, copeaux,  chutes de brins de fil et à l’interdiction de filer et de tisser. A cette liste non exhaustive des confiscations, il faut ajouter celle d’un certain nombre de métaux comme le tungstène, le chrome, le zinc, le cuivre, le laiton, le bandage pneumatique, etc. Le combustible, sévèrement rationné, était cédé à partir de bons de charbon.




- Qu’est-ce que l’histoire du mouvement ouvrier retient particulièrement de ces années noires du charbon sous commandement militaire ?
 
Robert Mourer :
La conséquence de l’enrôlement de centaines de mineurs du bassin houiller lorrain dans l’armée allemande eut de fâcheuses répercussions dans les domaines de la sécurité du personnel, particulièrement pour les mineurs travaillant à front de taille. Mesures drastiques des autorités militaires entravant la liberté syndicale. Interdiction de tout mouvement de grève et de protestation avec menaces de sévères sanctions, voire emprisonnement des meneurs.





La production recule de 3,8 à 2,7 Mt



- Quel est le bilan chiffré de l’activité des mines de charbon mosellanes pour 1914-18-? Dans quel état étaient-elles en 1918, à la suite d’une exploitation à outrance, une compression des investissements et un relâchement vis-à-vis de la sécurité, ce comportement ayant écrasé toute perspective de progrès-?
 
Robert Mourer :
En 1913, à la veille de la guerre, les houillères de Lorraine atteignent un chiffre record de 3.795.932 tonnes de charbon, en augmentation de 7,3 % par rapport à 1912.

L’effectif ouvrier se situe à 16.333 salariés.

En 1914, la production recule à 2.856.780 tonnes, en diminution de 24,8 % par rapport à 1913.

L’effectif chute à 12.132 ouvriers.

En 1915, la production se situe à 1.960.968 tonnes, en baisse de 31,3 % par rapport à 1914.
L’effectif ouvrier est de 16.540 personnes dont 8.339 prisonniers russes.

En 1916, la production remonte à 2.027.688 tonnes, soit un regain de 3,4 % par rapport à 1915.
Les effectifs atteignent 16.679 ouvriers dont 8.072 prisonniers russes.

En 1917, la production se situe à 2.636.806 tonnes, en hausse de  30,1 % par rapport à 1916.
Les effectifs ouvriers atteignent 20.926 personnes dont 10.888 prisonniers russes.

En 1918, la production est de 2.662.051 tonnes, enregistrant un regain de 1,0 % par rapport à 1917.
L’effectif ouvrier est de 23.372 personnes dont 12.292 prisonniers russes.

Les mines de charbon mosellanes ont ainsi produit 12 millions de tonnes de 1914 à 1918. Le détail des chiffres démontre les énormes difficultés engendrées par le conflit mondial et confirment les répercussions néfastes qui pesèrent sur les mineurs : enrôlement dans l’armée, victimes des combats sur les différents champs de bataille, main-d’œuvre de remplacement souvent inadaptée pour les travaux miniers, prisonniers de guerre russes mal nourris, embauche massive d’une main-d’œuvre féminine, problèmes d’insécurité à front de taille en raison des normes de travail insupportables infligées au personnel, longs et répétitifs postes de travail, etc. Se basant sur les suppléments de gains réalisés par l’apport de ce qu’on appellerait aujourd’hui ʺles heures sup.ʺ, le patronat minier en profita pour refuser des augmentations de salaires.

Pendant cette période trouble, le pouvoir d’achat des  familles fondit comme neige au soleil, une dégradation entraînée par une augmentation considérable du prix des denrées alimentaires et autres articles de consommation courante. Les chiffres de production en chute libre confirment d’une manière dramatique les coupes sombres dans les effectifs qui cassèrent littéralement l’équilibre et la pyramide des âges. L’accroissement du nombre de jeunes travailleurs dans les chantiers d’abattage était spectaculaire.
 

Le coût des effets vestimentaires, vêtements de travail et chaussures avait triplé alors que leur qualité s’était détériorée. À court de vêtement pour leurs enfants, de nombreuses familles confectionnaient les chemises à partir de linge usé. La misère avait fait son entrée partout et les mineurs qui avaient de nombreuses bouches à nourrir devaient se soucier pour faire vivre tout ce monde. Toute revendication devait être adressées par l’intermédiaire des syndicats au Commandement général des 21e et 16e Corps d’armée avant d’être soumis à l’administration de guerre (Kriegsamtstelle) qui se trouvait à Sarrebruck.

Les conséquences de la guerre furent dramatiques. Après le conflit, la relance de la production charbonnière s'accompagna d'un effort exceptionnel de recrutement. Le départ des prisonniers de guerre et des ouvriers belges affectés au travail de la mine, le retour échelonné des anciens mineurs enrôlés dans l'armée, furent autant de difficultés qu'il fallut maîtriser au plus vite.



Propos recueillis par Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur



Publié le 10 septembre 2014

Lire aussi :

- Quel centenaire de 14-18 en Moselle ?
- Risque d'amnésie
- Alsaciens et Mosellans mobilisés par le Reich



 



dimanche 17 août 2014

DRÔLE D’ÉPOQUE

Quand les vaches chauffent les singes !

À qui profite véritablement la méthanisation de nos poubelles vertes, quand on parle uniquement pépètes ? La facture de l’énergie s’en ressent directement dans certaines situations, comme au parc zoologique de Saint-Aignan-sur-Cher, le premier à produire son propre biogaz. Quant aux particuliers, ils ne doivent pas s’attendre à une baisse du prix sous l’effet du tri sélectif des déchets. Si louable soit-il.




Photo hors-sujet... sauf qu'un singe reste un singe ! Même s'il
se photographie lui-même comme pour ce "selfie"
qui fait un tabac sur Internet (1)
Photo : domaine public/par Wikimédia Commons/David Slater



Réussir à faire trier les poubelles aux habitants de 293 communes pour leur permettre ensuite de consommer, au prix du marché, le gaz issu de leurs propres déchets alimentaires. La Moselle a été souvent citée en exemple depuis l’inauguration de ce modèle d’ʺéconomie circulaireʺ, au mois d’octobre 2012. Elle n’est plus la seule. À Saint-Aignan-sur-Cher, une usine de méthanisation est intégrée à un parc zoologique qui compte 4.600 animaux. L'expérimentation est nouvelle. Elle utilise le fumier des animaux, les tailles et tontes des espaces verts des 27 hectares du site, ainsi que les déchets d'un élevage et d'une coopérative agricole des environs : fumier bovin, lisier porcin, fonds de silos à céréales. Les vaches chauffent les singes ! Une partie de la chaleur produite est destinée, en effet,  à chauffer la serre des gorilles et des lamantins, ainsi que le bâtiment d'hiver des éléphants.

«-Même en été, les serres des gorilles et le grand bassin des lamantins du zoo de Beauval ont besoin d’être chauffés. Ils le sont grâce à la méthanisation
-» écrit dans La France agricole, Aude Richard. Elle précise que les dirigeants du zoo ont investi 2,5 millions d’euros dans une unité de biogaz, en cogénération. Au total, 11.000 tonnes sont valorisées par an. La production annuelle de méthane est estimée à 500.000 Nm3. Tous les fumiers et déchets verts passent dans le méthaniseur. Le reste, soit plus de 70% des déchets, provient d’exploitations agricoles et d’industries agroalimentaires. Des contrats de trois ans ont  été signés avec des éleveurs. «-Nous faisons un échange, explique dans l’hebdomadaire agricole Marie-Françoise Brégéa, du Gaec de l’Herbagère, à Orbigny (Indre-et-Loire). Nous leur donnons du fumier et, en retour, nous recevons du digestat, avec les mêmes quantités d’azote, de phosphore et de potasse-».

À terme, les boues du futur bassin des hippopotames seront filtrées et introduites dans le méthaniseur. Le paillage, pour l’instant en écorce, devrait passer en lin, et les déchets fermentescibles des restaurants du parc seront triés. Le zoo reçoit un million de visiteurs chaque année. Les gestionnaires attendent une réduction d’environ 20.% de la facture totale de gaz nécessaire au chauffage du parc zoologique. L’électricité revendue à EDF (1.900 MWh/an), devrait représenter une alimentation annuelle de 3.000 foyers.




« Personne ne va aussi loin »


En Moselle, à Morsbach, près de Forbach, la réalisation du Sydeme (syndicat mixte de transport et de traitement des déchets ménagers de Moselle-Est) est d’envergure : c’est à partir des poubelles vertes de tout l’Est lorrain (14 intercommunalités réparties sur 293 communes représentant une population d’environ 381.000 habitants), que l’usine Méthavalor, située au barycentre de ce territoire, produit gaz, chaleur, électricité et compost, avec une montée en puissance progressive qui a débuté en 2011. «-Ce que vous voyez là est unique en France, voire dans le monde pour certains procédés d’acheminements et d’ouverture des sacs de détritus-», déclarait le président du Sydeme, le jour de l’inauguration, en octobre 2012. 

Méthavalor a une capacité d’absorption de 32.000 tonnes de produits fermentescibles. Environ 160.000 foyers de Moselle-Est sont concernés, qui, pour la plupart, trient leurs biodéchets. Les restes des restaurants et cantines de tout le territoire, ainsi que les déchets verts broyés des déchetteries (10.000 tonnes par an) arrivent également dans cette usine. De plus, une convention a été signée entre la France et l’Allemagne, prévoyant un échange de déchets. La coopération transfrontalière doit rendre optimales les capacités de traitement de l’unité de valorisation thermique de Neunkirchen (Sarre) et celles de l’unité de méthanisation de Morsbach. Le Sydeme ne disposant d’aucune unité d’incinération de déchets résiduels, est susceptible de livrer jusqu’à 70.000 tonnes de déchets par an à Neunkirchen. En contrepartie, l’unité sarroise pourra faire traiter annuellement en Moselle, jusqu’à 15.000 tonnes de déchets biologiques de sa collecte séparative.

Peaux de banane, coquilles d’œuf, épluchures de pommes de terre, restes de viande ou de légumes… sont stockés, criblés, malaxés puis engloutis par un digesteur, immense cuve privée d’oxygène. Le mélange se dégrade doucement dans une atmosphère à 55° durant trois semaines. Du biogaz, méthane et CO2, s’accumule dans le digesteur. Dans un premier temps, ce biogaz faisait tourner une unité de cogénération produisant de l'électricité et de la chaleur. La première est revendue à ErDF. Et, au printemps 2013, les premiers mètres cubes de biométhane ont été injectés dans le réseau gaz de ville de GrDF.

L’usine Méthavalor est dimensionnée pour produire, en vitesse de croisière, 5.500.000 mètres cubes de gaz par an, 10.900 MWh/an d’électricité, 12.400 MWh/an de chaleur et 8.000 tonnes de compost. Le biocarburant disponible au sortir du processus a été adopté pour la flotte d'une trentaine de camions-poubelles du Sydeme et de quelques bus de ville supplémentaires. Ces véhicules ont été convertis et consomment 250.000 mètres cubes annuels sur les 400.000 dégagés par an par le méthaniseur soit l’équivalent de 4 millions de litres de gazole. «-Nous allons donc produire davantage que nos consommations
-», assure le Sydeme.

Dans cette conjoncture apparemment favorable, «-l'équilibre économique d'une telle installation reste encore bien fragile-» notent cependant Les Echos, en mars 2013. Les revenus de l'électricité, la vente du biogaz et des engrais agricoles compensent les coûts de collecte et d'exploitation. «-Les coûts de gestion de ces déchets ne sont pas supérieurs à celui de leur enfouissement-» fait remarquer le président du Sydeme dans sa déclaration au quotidien économique, ajoutant que «-les charges d'amortissement sont comblées par les taxes municipales-». «-Le Sydeme se targue par ailleurs d'avoir créé 140 emplois non délocalisables de la sorte. Une réussite qui attire la visite de collectivités du monde entier-» relèvent encore Les Echos.

«
-Certains procédés mis en place à Morsbach font l’objet de brevets attribués en partie au Sydeme-», souligne Le Républicain lorrain. «.S’ils sont repris ailleurs, cela va rapporter de l’argent à notre syndicat mixte. Une installation a déjà été copiée en Norvège. Des Canadiens doivent bientôt visiter l’usine. Dans le traitement de la biomasse, la Moselle-Est sert désormais d’exemple-», s’est réjouit, à l’époque, le président du Sydeme. Selon lui, le prix moyen du traitement des déchets dans l’Est mosellan est déjà 35 % inférieur au prix moyen pratiqué en Lorraine. L’argument est de nature à mobiliser l’opinion.

«
-Le système permet de soustraire 37.000 tonnes au circuit d'enfouissement---où le traitement coûte aujourd'hui 87 euros par tonne---pour basculer vers la méthanisation, pour un prix de 65 euros seulement par tonne. L'économie se monte à 814.000 euros pour cette année et croîtra mécaniquement au rythme de l'augmentation des coûts d'enfouissement. Selon nos prévisions, le coût du traitement restera stable au cours des 25 prochaines années tandis que les économies et les recettes sont appelées à augmenter-», déclare dans La Tribune, en mai 2012, le directeur du Sydeme.


Au prix du marché


N’importe quel benêt pourrait se demander pourquoi les ménages ne bénéficieraient pas d’une ristourne, puisque ce gaz est issu de leur poubelle verte… Le consommateur-trieur est en première ligne, en effet, et l’optimisation de sa poubelle alimentaire dépend de sa bonne volonté : le Sydeme se distingue des autres centrales urbaines de méthanisation par la collecte sélective des déchets organiques. En clair, les habitants disposent d'une poubelle distincte où ils jettent les restes de cuisine, en plus de la poubelle des emballages en plastique recyclable et du papier-carton,  et celle des ordures résiduelles. Ce mode de collecte a l'avantage de fournir une ressource de qualité par rapport à une collecte indifférenciée suivie d'un tri mécanique.

Le prix du gaz peut-il évoluer à la baisse ? Oui, mais, à ce jour, la poubelle verte n’y sera pas pour grand-chose. Car le prix du gaz est  indexé sur les cours du pétrole pour éviter que ces deux énergies ne se fassent concurrence. «-Le calcul du prix du gaz est réalisé sur la moyenne des six derniers mois, moins le mois du calcul. Ensuite, la formule est appliquée aux trois mois à venir.» Il y a en général un décalage de trois à neuf mois, avant que le prix du gaz ne s'ajuste à celui du baril. Et si jamais le prix du pétrole remonte avant que celui du gaz n’ait baissé… C’est la règle du «6-1-3».  En dernier recours, c'est l’État qui fixe une éventuelle hausse ou baisse des prix du gaz.


Ainsi, les tarifs réglementés du gaz naturel devaient baisser de 1,6% en juin 2014, d’après  les déclarations du Premier ministre. La Commission de régulation de l'Energie a annoncé que la baisse est en réalité de 1,72% en moyenne. Elle vient s'ajouter aux baisses successives de mai 2014 (-0,76%), avril 2014 (-2,1%) et de mars 2014 (-1,18%). Toutefois, cette baisse est en demi-teinte. Elle intervient après des hausses importantes (entre 2005 et 2013, le prix du gaz a augmenté de 70%) et des augmentations de prix en janvier et février. Surtout, depuis avril 2014, la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel--TICGN, dont n'étaient redevables que les professionnels, a été étendue aux particuliers. Cette extension avait d'ailleurs suffi à neutraliser les effets de la baisse des tarifs réglementés hors taxes d'avril.

Ce ne sont pas nos poubelles bien triées qui mettront sens dessus-dessous un tel modèle technocratique, bien verrouillé depuis les années soixante. Reste donc à jeter un œil sur la fiscalité locale ‒ pour laquelle les communes ont les coudées franches ‒ et plus précisément sur l’évolution de la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères à proximité de l’usine du Sydeme. Pour une des moins élevées de Lorraine, comme le prétendent nos élus (pas tous), on constate qu’elle a augmenté de +1,45 % en 2012, de +1,79 % en 2013 et de +1,05 % en 2014. Les discours ne se sont pas embarrassés de ce type de détails. Mais là, je sens que je vais m’attirer quelques inimitiés…

 
Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur



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(1) Cette image a fait le tour du monde au mois d’août 2014. Le photographe David Slater venait d’installer son appareil, quand le singe s’est emparé du déclencheur pour se photographier lui-même. Polémique à propos du droit d’auteur. Le photographe ne peut prétendre avoir pris la photo. Quant au législateur, il  a tendance, aujourd’hui, à reconnaître davantage de droits à l’animal. Le cliché s’est retrouvé sur ʺWikimédia Commonsʺ, la collection multimédia de Wikipédia qui contient de nombreuses images libres de droits. Le photographe n’a pas obtenu son retrait. Quant au bureau du copyright américain, il a estimé qu’une photo prise par un singe n’était pas protégée par le droit d’auteur, l’organisme public refusant de l’enregistrer dans cette base. Une décision qui donne raison à Wikipedia dans son litige avec le propriétaire de l’appareil photo. L’US Copyright Office, vient de trancher : « Nous n’enregistrerons pas les œuvres produites par la nature, les animaux ou les plantes ».







Méthavalor, à Morsbach (Moselle)